#20 Le Géant Ferré ou l’étonnante vertu pédagogique des rêves

J’ai le sommeil léger ces temps-ci et il m’arrive souvent de me réveiller aux aurores. Je réussis la plupart du temps à me rendormir, avec la conséquence suivante : Je me souviens souvent de mes rêves. Des rêves intenses, bizarres et colorés et qui me paraissent très réels. J’ignore si j’en fais du même genre lorsque je dors des nuits normales de 7-8 heures et que je ne m’en rappelle tout simplement plus à mon réveil, mais par 2 fois ces dernières semaines j’ai été à même de constater que rêver peut être une façon de résoudre des problèmes subtils, camouflés parmi un lot d’informations dont la nature ne parait pas nécessairement problématique au premier abord. Comme si rêver avait pour fonction de mettre la lumière sur des trucs qui nous échappent, et qu’à travers un récit décousu et farfelu, notre subconscient arrivait à mettre en place les morceaux manquants du puzzle. 

Je n’entrerai pas dans les détails, ce serait trop long et trop technique, mais je correspond beaucoup en anglais ces derniers jours. Je me considère pas mal bilingue, assez pour écouter n’importe quel exposé sur Youtube, même s’il s’agit d’un sujet pointu. Même chose pour un film ou une série sur Netflix. Et je suis aussi assez à l’aise à l’écrit. Mais une subtilité m’a échappé lors d’un échange, et le fait d’avoir mal compris une seule phrase avait embrouillé le reste de la conversation. Et plusieurs échanges subséquents. Par exemple « Et que je sois venu pour te voir au moins une fois » ne signifie pas exactement la même chose que « Et je suis venu pour te voir au moins une fois ». La première phrase peut être comprise comme s’il s’agissait d’un souhait, de quelque chose qui n’est pas encore accompli alors que la deuxième fait état d’une action qui a vraiment eu lieu. Mais comme en anglais le subjonctif n’existe pas, on utilisera le passé avec l’aide d’un auxiliaire, et grâce au contexte on devrait pouvoir comprendre qu’une intention est exprimée ( « And I have come to see you at least once » ). En français, le mode subjonctif est justement là pour mettre l’emphase sur la potentialité, pour indiquer que l’action ne s’est pas nécessairement produite même si elle est désirée. Ne décelant donc pas de trace de subjonctif dans la phrase de l’échange mentionné plus haut, je l’ai comprise comme s’il s’agissait d’un acte déjà accompli et non pas comme une intention. Erreur… dont je me suis rendu compte après avoir fait un bien étrange rêve. L’erreur ne m’a pas été révélée comme telle pendant mon songe, mais pour une raison mystérieuse, dès mon réveil, j’ai su que j’avais mal interprété la phrase en question et que cela avait influencé le restant de la conversation d’une drôle de façon, chose dont je me doutais vaguement car j’avais tout de même émis l’hypothèse qu’il y avait peut-être quelque chose qui m’échappait… 

Dans mon rêve, j’étais à Lhassa, capitale du Tibet, où j’entrais dans un temple avec un ami d’enfance. Comme celui-ci travaille à l’étranger dans différents pays, il était tout à fait normal qu’il connaisse la Grande Prêtresse de l’endroit, et dont l’accent révélait à ma grande surprise qu’elle était Québécoise. Elle nous salua lorsqu’elle nous aperçut et mon ami partit la rejoindre près de l’autel, en montant les 3-4 marches qui les séparaient. Je voulus le suivre mais alors que j’arrivai près des marches, 2 géants et horribles pugs ( un pléonasme... que ces chiens sont laids ! ) surgirent et se mirent à me grogner après, de manière très agressive, à 2 pouces de mon visage et de ma gorge. Celui qui était tout près de ma gorge m’inquiétait particulièrement. Un coup de gueule et j’étais fait. J’essayais de garder mon sang-froid, en contrôlant  ma respiration, car plus je laissais paraitre ma nervosité, plus les chiens s’énervaient. C’était pas cool… Le reste est flou, je me suis retrouvé à l’étage supérieur, avec des moines évachés par terre et qui avaient l’air d’être pas pire lendemain de veille… Ce sont sur ces images que mon rêve se termina. Et c’est quelques minutes après m’être réveillé - alors que je vérifiais mes courriels sur mon portable - que mon rêve me revint et que ma méprise de la veille m’apparût évidente : La phrase aurait été en mode subjonctif si elle avait été écrite en français..! Du coup, tout le reste s’éclaira de lui-même. Du moins, je le croyais. 

Car un autre malentendu, encore plus ancien que le précédent plombait depuis le début toute la conversation. J’avais exagéré l’ampleur d’un détail auquel mon interlocuteur accordait tout de même beaucoup d’importance. Et encore une fois, je réalisai l’étendue de ma confusion après avoir fait… un autre rêve! 

Je suis chez nous, sur une île grecque. J’habite une vaste villa, très dépouillée, en pierre blanche. Mon ami David - le même qu’à Lhassa - me dit qu’il doit s’en aller. Au même moment, on cogne à la porte. Je vais ouvrir et c’est le Géant Ferré qui est là et qui m’annonce qu’il s’en vient souper chez nous. Je suis très perplexe car non seulement je ne l’ai pas invité, je ne comprends pas qu’il soit si familier avec moi, comme s’il me connaissait depuis longtemps. Je ne veux pas le froisser et tente de lui expliquer que c’est la première fois que l’on se parle mais il part à rire en me traitant de sacré farceur. Comme il est très sympathique, je l’invite à entrer, en me disant que ce souper risque de ne pas être banal. Le seul problème est que le garde-manger et le frigo sont vides. Je dis alors à André de m’attendre le temps que j’aille au marché acheter des victuailles. Le marché est situé en plein centre de l’île, en son sommet - avec une pente qui n’est pas très élevée - sous une coupole blanche. Comme l’île n’est pas très grande, je m’y rends rapidement et achète ce dont j’ai besoin pour cuisiner. Mais lorsque j’en ressors par la porte donnant sur le nord, je ne reconnais pas mon chemin. Je retourne alors dans le marché et sors par la le côté ouest mais il se produit la même chose, le chemin ne me dit rien. Même résultat avec les portes sud et est. Ma villa n’était pourtant pas loin mais pour une raison que j’ignorais, les chemins étroits et sinueux qui apparaissaient lorsque j’ouvrais les portes - en même temps que la mer au loin - m’étaient inconnus et je ne savais plus comment retourner chez nous. 

Je me réveillai sur cette dernière scène et instantanément, je compris la nature du quiproquo qui s’était installé depuis plusieurs échanges. J’avais saisi de travers une allusion, ou plutôt, j’avais amplifié indûment sa portée. C’était donc pour cela que mon interlocuteur revenait souvent sur le sujet..! Et moi qui renchérissait quant à l’importance de la chose et qui en rajoutait, sans me douter que cela trahissait mon incompréhension… 

Si je n’ai pas fait automatiquement de lien entre mon premier rêve et la résolution du problème qui s’ensuivit, il devint évident que le 2e avait pour rôle de m’indiquer mon erreur. J’eus même la sensation étrange de ressentir mon subconscient processer - un peu comme dans La Matrix lorsqu’on voit défiler les 1 et les 0 - lorsque je sortais par les portes et retournais dans le marché, comme si mon cerveau travaillait de paire avec mon subconscient pour que le sens véritable de ce qui m’avait échappé devienne enfin clair… 

Je ne crois pas que ce soit là la seule fonction des rêves, certains peuvent avoir ont une portée encore plus… sacrée - ou du moins mystique comme en témoigne mon carnet #3 - mais à l’aulne des expériences récentes que je viens de vivre, il m’est devenu évident que les rêves peuvent vraiment nous révéler des secrets qui nous échappent.

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