Et au bout du compte, cette nouvelle mouture est meilleure que l’originale... Avec cette réédition, «Variations sur le vide» scintille de nouvelles couleurs. On reste pantois devant sa délicatesse pop.” - Francis Hébert

La route aux 4 chansons ( critique complète ici )

Il est pratique de compter parmi les fans de l'album une ancienne plume du défunt Voir; ça donne de belles citations!  Mais il est surtout réconfortant de se sentir compris; j’espère que ceux qui se sont attachés à la version originale m’auront pardonné d’avoir voulu lui redonner un second souffle et se rallieront à l’impression citée plus haut.  

Pour clore le chapitre de cette réédition, voici une vidéo d’une chanson dont on me parle encore à l’occasion. Malgré cela, j’ai souvent été ambivalent face à cette composition, je la trouvais un peu prêchi-prêcha et prétentieuse. Mais j’avais tout faux, en la ré-écoutant aujourd’hui, c’est complètement l’inverse qui me vient à l’esprit. Il suffit d’être est une chanson simple et naïve, comme le sont souvent les chansons d'amour...

Carnet #26 L’esprit du temps et la mécanique des idées  

 

« En fait, l'esprit a atteint son stade actuel de conscience comme le gland se transforme en chêne, comme les sauriens se sont transformés en mammifères. De même qu'il s'est développé pendant fort longtemps, il continue encore, en sorte que nous sommes poussés par des forces intérieures aussi bien que par des stimuli extérieurs. » 

C.G. Jung " L'homme et ses symboles ", Robert Laffont, 1964 p.81. 


Si l’Homo Sapiens est sensiblement resté, biologiquement parlant, le même animal depuis son apparition il y a environ 300 000 ans, il est admis qu’il a continué d’évoluer au niveau psychique. Et tout comme il est possible de trouver des traces de l’évolution du vivant à travers la biologie humaine - les cellules de notre corps sont constituées de mitochondries; de minuscules centrales énergétiques et qui sont apparues 2 milliards d’années avant nous, notre coccyx est le vestige d’une ancienne queue, etc. -, certains ont tenté de dresser, à même la psyché humaine, la carte du cheminement psychologique de l’humanité depuis son berceau, et du reste de la route qui lui resterait à parcourir. 

 

Parmi ceux-là, le philosophe américain Ken Wilber avance une théorie qui permet de comprendre comment et pourquoi une nouvelle pensée finit par émerger et s’imposer à travers les époques. Grâce à son modèle, Wilber a pu prédire dès les années ’90 ce qui se joue maintenant un peu partout sur les campus universitaires américains et canadiens. La perspective qu'il offre sort des sentiers battus et en ce qui me concerne, ce ne serait pas une perte de temps si vous preniez la peine d’écouter le vidéo juste en-dessous qui aidera non seulement à comprendre comment évolue la psyché humaine, mais aussi comment et pourquoi il s'est produit le choc idéologique auquel on assiste depuis quelques jours à l’Université d’Ottawa. Bref, ce n’est pas un hasard si nous somme plusieurs à se sentir dépassés sur notre gauche, et qu’un phénomène d'inversion de certaines valeurs - la laïcité par exemple - semble s’opérer. Selon Wilber, les secousses idéologiques dont nous sommes témoins seraient le fruit d’une inévitable confrontation, en même temps que la répétition d’un phénomène qui se produit à chaque fois que l’humanité assiste à l’apparition d’un nouveau niveau de pensée. 

 


Toujours selon lui, il faudrait que seulement 10% de la population adhère à une nouvelle idéologie pour que celle-ci finisse par s’imposer et devienne dominante. Voilà comment et pourquoi les idées des Lumières qui prirent racine au 18e ont fini par devenir la norme au point tel qu’aujourd’hui, du moins en Occident, des concepts tels que la liberté d’expression ou la démocratie vont de soi. Mais pour devenir la norme, l’idéologie nouvelle ne peut pas complètement balayer celles qui l’ont précédé; elle doit plutôt la compléter, et améliorer l’ensemble du système sinon elle ne pourra s’épanouir, et ira même jusqu’à régresser si elle n’arrive pas à faire de compromis, ce qui semble être présentement le cas de la culture « woke » , associée à la pensée post-moderne, courant dont les graines, toutes jeunes, ont germée durant les année ’60. Si celle-ci met en lumière certains des paradoxes qu’a fini par engendrer le stade de pensée moderne - et qui succédait au stade tribal qui a dominé le Moyen-Age et dont certains relents sont encore présents -, Wilber nous explique qu’elle pourrait justement régresser au niveau tribal avec qui elle a beaucoup en commun - identity politics oblige - si elle rejette les piliers de la pensée moderne comme la liberté d’expression, piliers qui lui ont permis la naissance du stade post-moderne. Wilber termine avec une mise en garde contre les défis qui émergent lorsque fleurit un nouveau courant de pensée. Lorsqu'il en est à ses premières incarnations, celui-ci est convaincu de sa supériorité et prétend détenir la vérité, en d’autres mots, il n'est pas très inclusif et cherche plus à s'affirmer que d'intégrer. Ajoutons à cela les caractéristiques propre au courant post-moderne; une relativisation ET un absolutisme extrême, et ceci explique bien des aspects de l’affaire qui secoue présentement l’Université d’Ottawa. Bref, un entretien fascinant comme le sont la plupart des vidéos que l’on peut visionner sur Rebel Wisdom.

Les carnets d'un mystique du dimanche