Carnet #30 : Forever Jung 

Quand j’ai fait part de mon enthousiasme à un ami parce que j’avais commencé à percer le mystère de la pensée de Jung grâce à un cours à l'université ( Religion et psychologie ), il m’a répondu que j’étais atteint de la Jungle Fever ! Il avait pas tort. Mais j’ai plutôt choisi de titrer ce carnet Forever Jung (Forever young) en lien avec Rod Stewart et son magnifique album Every picture tells a story qui a meublé de belle façon mon dernier hiver. Un mélange de folk et de rock très cru, très beau et très sincère. Et puis j’ai réalisé qu’une 2e raison, encore plus pertinente, justifiait le choix de l’Écossais. Il se trouve au cœur de l’album une version magnifique d’Amazing Grace. Et Jung s’est justement beaucoup intéressé à l’expérience mystique qui est décrite dans Amazing Grace. Il est à ma connaissance non seulement le premier psychologue ( le 2e en fait après le fondateur de la psychologie américaine William James ) à proposer une explication rationnelle de ce phénomène dont on dit qu’il est ineffable, au-delà des mots et de la raison telle qu’on l’entend normalement. Et comme James, il réussit l'exploit de proposer une analyse du phénomène qui peut autant satisfaire un croyant qu’un athée ( à moins d'être freudien mais ça, c'est une autre histoire )! Pour Jung, il est évident que l’expérience subjective est primordiale ; non seulement c’est tout ce que nous avons, la subjectivité est en soi un fait auquel il faut s’attarder un peu plus longuement si l’on désire comprendre qui nous sommes vraiment. 

Donc, si pour Jung, si ce qui est vécu évoque chez l’individu constitue LA valeur la plus haute jamais expérimentée, il ne voit pas sur quelle base il serait autoriser à discréditer le témoignage de celui qui témoigne. Quand on porte attention à ce que raconte le personnage dans Amazing Grace, c'est tout sauf banal. Il nous parle d’une révélation, d’une transformation ; avant il était aveugle, maintenant il voit, il est sauvé. Non seulement Jung semble comprendre ce dont il est question – « quand on sait, on sait, pour les autres il y a la foi » a-t-il déjà affirmé – , il a trouvé comment cartographier le parcours psychologique de celui qui traverse une expérience mystique pourtant réputée comme étant indescriptible. Fallait le faire. Jung n’a pas réduit pour autant ce phénomène à un événement déterminé, déterministique, qui s’expliquerait grâce à la science et à la physiologie. On reste devant une transcendance, mais une transcendance qu’il est impossible d’ignorer tant elle désire se manifester et entrer en contact avec nous. C’est que nous aurions un inconscient collectif qui nous chuchote constamment des choses à l’oreille,  à travers ce que Jung appelle les archétypes. 

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 Les archétypes seraient des patterns, des traits psychologiques, on dira une forme, mais une forme qui aurait toujours existé. Un peu comme le serait un réflexe ; personne n’apprend à respirer, le système s’en charge tout seul. L’archétype serait à la psyché ce que le réflexe est au corps. Et tout comme l’évolution a façonné notre biologie, l’évolution tend également vers des formes psychologiques pré-établies et données collectivement à l’humanité. Mais nous aurions seulement accès à la forme, jamais à l’archétype en soi. Dieu, toujours selon Jung, serait justement l’archétype qui est responsable de l’instinct religieux qui nous habite. Représentation à la fois subjective et objective, la forme que Jung nomme l'image-Dieu est en fait un symbole, symbole qui est manifesté par une source archétypale à laquelle l’esprit n’a pas directement accès. Dieu est donc un a priori qui appartient à l'inconscient collectif et qui participe à la formation de notre psyché – ne serait-ce qu'en raison de la finitude à laquelle son concept nous renvoie –, même si on ne peut l’appréhender que d’une manière symbolique, ce qui lui laisse beaucoup de latitude pour épouser les formes culturelles ( Zeus, Allah, Brahman, Dieu, etc. ) et individuelles qu'il évoque et manifeste de manière objective ET subjective, on le répète...

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Je connaissais bien sûr le nom de Jung, que j’associais surtout au phénomène de la synchronicité – je vais me pencher dessus bientôt, j’ai hâte de lire comment il explique que la réalité devienne à ce point intriqué à la psyché de l’individu, j’en sais quelque chose (carnet #24) ! – mais dont le concept des archétypes me dépassaient ; chaque fois que j’avais voulu lire Jung, je n’y comprenais absolument rien. Ce fut la découverte la plus spectaculaire que j’ai fait cette année à l’université mais c’est loin d’être la seule. Mon cours d’Introduction à l’islam est passionnant, tout comme le professeur qui le donne, et j’apprends une foule chose que j’ignorais de notre passé à travers mon cours d’Histoire religieuse du Québec grâce à un professeur tout aussi intéressant. Contrairement à ce qu’on aime penser, notre histoire religieuse ne fut pas qu'une grande noirceur ; une frange très libérale du clergé canadien-français a formé toute une jeunesse dans les années 30, elle ne s’est pas faite toute seule la Révolution Tranquille! La bande-annonce de Vinland que j'ai vu passer m'a tout l'air de traiter justement de ce sujet.

Ce n’est que maintenant que je suis pleinement en mesure de constater que l’esprit de Jung souffle partout au-dessus de ces carnets. Le #3, celui où je décris le rêve de l’Île-Falaise, songe que j’ai fait alors que j’étais très jeune enfant, aurait pu être un cas d'école si j'avais étais un patient de Jung tant les symboles qu'il contient sont éloquents ! J'ai aussi cité un extrait de son livre L'homme et ses symboles en introduction de ce carnet, le #26 L'esprit du temps et la mécanique des idées car j’aimais ce que la citation exprimait sans toutefois pleinement saisir le contexte duquel elle avait été extraite. 

Pour Jung, peu importe sa source, la décharge énergétique et l’intensité du témoignage et l’importance qu’il revêt aux yeux de la personne qui revient d’une expérience mystique ne peut réfuter la vérité de ce qui est rapporté. Et ce qui est rapporté raconte souvent la même chose, on revient ébahi du fait qu’il n’y a plus de contradictions (carnet #17), la coincïdence des opposés à laquelle Jung fait souvent référence. Tout est UN, il n’y a plus de distance, de temps, il n’y a plus d’opposés. La logique de la contradiction n’a plus cours ( ce dont traite le carnet #29 sur Stéphane Lupasco et la kabbale  ) et c’est bien parce qu’elle n’est plus là qu’on est à même de réaliser qu’elle a toujours été là..! 
« I was blind but now-ow-a-ow I see » chante Rod dans Amazing Grace... Bref, je suis jungien full pin... Bon, j’avais dit que j’arrêtais au 30e carnet, de toute façon j’ai des travaux de sessions à remettre. Faque ciao bye, et merci à ceux qui me lisent.

 

On s'habitue (2019, single)

Jean Francois Fortier

Apparue sur le tard pendant que nous mixions l'album Variations sur le Vide en 2004, On s'habitue n'avait pas pu faire l'album. Je l'ai enregistrée une première fois en 2011 mais insatisfait du résultat, j'ai décidé de la refaire récemment avec la finale originale et sans le bridge de la version de 2011.
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Et au bout du compte, cette nouvelle mouture est meilleure que l’originale... Avec cette réédition, «Variations sur le vide» scintille de nouvelles couleurs. On reste pantois devant sa délicatesse pop.” - Francis Hébert

La route aux 4 chansons ( critique complète ici )

Il est pratique de compter parmi les fans de l'album une ancienne plume du défunt Voir; ça donne de belles citations!  Mais il est surtout réconfortant de se sentir compris; j’espère que ceux qui se sont attachés à la version originale m’auront pardonné d’avoir voulu lui redonner un second souffle et se rallieront à l’impression citée plus haut.  

Pour clore le chapitre de cette réédition, voici une vidéo d’une chanson dont on me parle encore à l’occasion. Malgré cela, j’ai souvent été ambivalent face à cette composition, je la trouvais un peu prêchi-prêcha. Mais j’avais tout faux, en la ré-écoutant aujourd’hui, c’est complètement l’inverse qui me vient à l’esprit. Il suffit d’être est une chanson simple et naïve, comme le sont souvent les chansons d'amour...

Les carnets d'un mystique du dimanche