Faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre que MBC a bel et bien mis KO tout le plateau de TLMEP dimanche dernier. Clairement embarrassé, acquiesçant à regret aux propos de son invité, le pauvre Jean-Sébastien Girard n’en menait pas large avec son air penaud, Stéphane Rousseau non plus. La dernière fois où j’ai vu Guy A. perdre de la sorte ses moyens remonte justement à la dernière visite de MBC. Agile comme un pro à l’apogée de son art, MBC a distribué ses gauche-droites éclairs et laissé tout l’monde étourdi, les spectateurs inclus, démontrant sans équivoque la force de frappe de ses arguments. Bien sûr, les opposant de la go-gauche (comme ils l’aiment l’appeler) jubilent. Et ce n’est pas toujours joli…
Quant à la brigade anti-fasciste, elle est en déroute et essaye toujours de comprendre ce qui s’est passé. Plusieurs s’affairent à démonter points par points les arguments du chroniqueur, ses inexactitudes et la manipulation dont il aurait usé pour faire valoir de manière douteuse sa pensée, en déplorant qu’on ait pas songé à lui opposer un adversaire de taille. Mais personne ne semble être prêt à faire un réel examen de conscience et admettre que si MBC a pu être aussi dominant, c’est parce qu’il n’avait qu’à nommer l’éléphant dans la pièce : l’explosion des seuils migratoires sous le gouvernement Trudeau. Et surtout, ses impacts qui ne vont pas toujours dans le sens souhaité, comme en témoigne entre autres cet article de La Presse faisant état des liens entre la crise du logement et l'accroissement soutenu de l'immigration.*
Il semble qu’on soit réellement devant un cas de dissonance cognitive, comme si certains s'obstinaient à confondre politiques d’immigration et immigrants (et les immigrants qui sont déjà citoyens) et qu’il n’était pas possible d’adresser, comme on peut le faire pour n’importe quel autre ministère, des critiques à l’endroit de la hausse marquée des cibles d’immigration. Bien que de débattre du sujet ne soit plus tabou – on en discute fréquemment sur les ondes de Radio-Can à Midi Info, une émission qui est loin d’être un repère de l’extrême-droite aux dernières nouvelles –, c’est comme si le mémo ne s’était toujours pas rendu chez certains qui semblent craindre que le mot en R ou en F ne soit prononcé si jamais on osait trouver qu’il se puisse qu’une augmentation élevée des seuils migratoires ne soit peut-être pas automatiquement une bonne idée, notamment parce qu’elle neutraliserait notre capacité d’intégration, en plus du bordel administratif que cela perpétue pour les immigrants déjà au pays et en attente d’une confirmation de leur statut. Il est d’ailleurs abject de jouer comme ça avec la vie des gens, et le changement des règles en cours de processus comme vient de le faire la CAQ est indécent et immoral. Ce gouvernement est désespérant.
Quoi qu’il en soit, malgré sa victoire qui peut paraitre éclatante, MBC a manqué une belle opportunité de faire avancer la cause qui lui tient le plus à cœur, l’indépendance, et du même coup, laisser bouche bée ses détracteurs en démontrant par l’exemple comment, en cette ère de clivage exacerbée, il est possible d’élever le débat en ne se contentant pas seulement de gagner grâce à sa rhétorique, mais en faisant preuve d’ouverture et de générosité, sans avoir à se renier pour autant. On me permettra ici d’utiliser une autre métaphore sportive : c’est un grand chelem en 9e manche avec zéro retrait et zéro prise que MBC aurait pu frapper quand Sol et Ruba se sont présentés sur le plateau. Et jusqu’à la fin j’y ai cru, pensant même que ça y était quand il s’est mis à lire une des pages du livre de Ruba… Imaginez MBC qui décide d'abandonner sa logique de l'affontement, tend une branche d'olivier et qui commence à dire ceci :
« … une fois que cela est dit, j’aimerais tout de même souligner que cela m’émeut de penser que Ruba, fille de réfugiés palestiniens ayant choisi de s’installer à Montréal au début des années 80, soit aujourd’hui à la tête d’une formation politique québécoise et de surcroit, soit indépendantiste. En ce qui me concerne, cela compense amplement pour les nombreux désaccords idéologiques qui nous séparent. J’aimerais qu’on me comprenne bien. Si je doute, en raison des politiques d’immigration débridées d’Ottawa qui prévalent depuis près d’une décennie, que le sentiment d’appartenance à l’identité québécoise tel que l’ont développé Ruba et Sol du temps de leur jeunesse puisse aujourd'hui aller de soi, cette critique n’est en rien une charge contre les immigrants, et tous ceux qui sont déjà citoyens, mais bien contre les seuils du fédéral qui mettent à mal notre capacité d’intégration. Aussi, je sais pertinemment que l’indépendance ne s’accomplira pas en soustrayant, mais bien en additionnant. C’est pourquoi j’aimerais réitérer quelque chose que j’ai dite et écrite plusieurs fois : Être Québécois n’a jamais été pour moi une histoire de race, de religion ou de couleur de peau. Est Québécois celui et celle qui désirent le devenir, et qui le deviennent parce qu’ils ont choisi de vivre en français dans ce coin de pays d’Amérique du Nord nommé Québec, et d'adhérer à ses valeurs afin de faire tous ensemble société. Je suis désolé si l’écho de mes propos ont pu parfois laisser penser autre chose, et j’espère sincèrement que lorsque le choix de la souveraineté s’offrira bientôt à nous, nous travaillerons tous ensemble pour qu’elle advienne. »
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Prologue (happy ending)
"...et j’espère sincèrement que lorsque le choix de la souveraineté s’offrira bientôt à nous, nous travaillerons tous ensemble pour qu’elle advienne.Dans mes bras mes frères et mes sœurs... ».
Une valse joyeuse envahit les airs du studio de télé. MBC prend Ruba et Sol par la main et les trois forment une ronde à laquelle s’ajoutent de plus en plus de participants. Tous se sourient, Mathieu essuie même une larme sous les applaudissements nourris d’une foule libérée de la tension qui plombait l’atmosphère depuis beaucoup trop longtemps et qui respire à nouveau grâce au sentiment qu’elle a d’assister à la naissance de quelque chose de grand, de vrai et de beau. Denoncourt éprouve de la joie pour la première fois de sa vie. JS Girard sourit intérieurement à l’idée qu'il pourrait devenir ministre de la Nostalgie. Et Guy A. Lepage tape dans ses mains au rythme de la musique avec Stéphane Rousseau, contents d’être content.
Ok je sais, j'exagère. Mais j'ai le droit de rêver non?
(J’espère que le PQ prend des notes…)
* “Dès le printemps 2022, des chercheurs et fonctionnaires, preuves à l’appui, ont mis en garde le gouvernement Trudeau : les seuils d’immigration compliquent une crise du logement déjà très installée. « En tant que responsables de la gestion de l’immigration, les décideurs politiques doivent être conscients du désalignement entre la croissance démographique et l’offre de logements, ainsi que de la manière dont l’immigration permanente et temporaire influence la croissance démographique », relève Matthew Saayman, analyste en politiques au ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, dans un document coécrit avec ses collègues chercheurs au même ministère, Sébastien Vachon et Dan Hiebert (ce dernier à titre d’universitaire en résidence).” Louise Leduc, La Presse, 18 janvier 2025.