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#33 Ces fascistes qui s'ignorent 

    Contrairement à ce que peut laisser sous-entendre le titre de ces carnets, ce texte n’aura rien de mystique. Mais ce n’est pas parce que mystique et fascisme s’excluent nécessairement. Du moins pas si on se fie à Limonov, le récit biographique qu’a publié en 2011 Emmanuel Carrère et dans lequel il décrit comment le poète-activiste russe et fasciste avoué a vécu une illumination alors qu’il faisait sa routine de push-up (ou de sit-up ?) pendant l’une de ses nombreuses incarcérations que lui a valu sa contestation publique du régime de Poutine. Mais contrairement à Limonov sur qui je devrais prendre un peu plus exemple pour ce qui est de garder ma forme physique, je contribue ces temps-ci un peu trop oisivement à nourrir l’Économie de l’Attention (autrement dit, esti que j'en perds du temps sur les réseaux sociaux!). Et Facebook ayant compris que je m’intéresse à l’avancée supposée du fascisme qui gagnerait un peu plus chaque jour le Québec, l’algorithme de Zuckerberg me soumet constamment des publications faisant état du recul inquiétant de l’État de droit et de la montée de l’extrême-droite, publications dans lesquelles on tombe rapidement sur des raisonnements s'appuyant sur ce genre de sophisme :

1- Tous les fascistes sont pour la baisse des seuils migratoires.
2- Des démographes et fonctionnaires ont conseillé le gouvernement Trudeau de baisser ses seuils étant donné les effets que la hausse trop rapide de la population entraine.
3- Ceux qui pensent, sur la base de ce que disent ces chercheurs, qu'il est légitime de réduire ces seuils sont donc des fascistes.
 
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     C’est devenu récurrent dans les échanges qu’il m’arrive d’avoir dans certaines chambres d’écho : il est impensable de ne pas maintenir les seuils sans précédent qu’a instaurés l’administration Trudeau sous prétexte que ce serait jouer le jeu de l’extrême-droite. Et la preuve d'un racisme manifeste. En ce qui me concerne, c’est surtout la preuve qu’il n’est plus possible d’avoir une discussion rationnelle sur l’enjeu de l’immigration. Et que ce ne sont pas les changements climatiques la plus grande menace qui nous guette mais le tribalisme 2.0 qu'entretiennent sciemment les réseaux sociaux.
 
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     Avant de continuer, j’aimerais souligner que je travaille avec des gens qui font partis des plus démunis de la société. Dont environ la moitié sont issus de l’immigration. Je le précise mais on s’en fout parce que ça ne change rien à l’amour que je leur voue depuis maintenant 10 ans. Tout comme j’ai toujours aimé, depuis que mes filles sont petites, accueillir sur l’heure du dîner ou après l’école les ami(e)s de mes filles qui viennent des 4 coins de la planète, idem pour ce qui est de discuter avec les commerçants de mon quartier qui ne sont pas nés ici, qui travaillent sans relâche et pour qui j'ai beaucoup d’admiration, même chose pour ce qui est d’échanger avec toutes les Québécoises et Québécois venus de l’étranger et qui ont joint la chorale que j’accompagne depuis maintenant 8 ans, chorale que j’essaye de mettre à profit pour participer à la francisation des nouveaux arrivants. Bref, le racisme et la xénophobie ne font pas partie de mon ADN. Mais bon, à en lire plusieurs, je serais au minimum un fasciste qui s’ignore si je pense qu’il existe une telle chose que la capacité d’accueil. Notons que je ne parle pas ici des réfugiés mais des cibles que se fixe le gouvernement en immigration et qui concernent des gens qui aimeraient devenir citoyens canadiens mais qui ne sont pas pour autant miséreux ou en danger de mort. Pour certains, ces cibles ne peuvent pas être révisées et les nouveaux standards inédits adoptés par l'administration Trudeau se doivent d'être reconduits, peu importe.
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     Cela a de quoi rendre perplexe. Et bien qu’on aime prétendre que « bien sûr, il est possible de discuter d’immigration », on vient vite à la conclusion que même si les données qu’ont compilées les chercheurs de la fonction publique fédérale étaient vraies, comme elles sont instrumentalisées à des fins essentiellement xénophobes (étant donné qu'elles ne serviront pas à maintenir ou augmenter les seuils), ça les rend pour ainsi dire inutilisables puisqu’elles indiquent qu’une hausse trop rapide de la population ne comporte pas que des avantages.* Ce qui prime avant tout, c'est de ne pas jouer le jeu de l’extrême-droite, et pour se faire, on se doit d’ignorer les avis des chercheurs et maintenir coûte que coûte les seuils de l’administration Trudeau. Non, ce n'est pas une caricature. C’est, entre autres, exactement ce genre de raisonnement que m’a servi récemment un ancien journaliste de La Presse concernant la supposée « capacité d’accueil » ; peu importe ce que rapportent les démographes, l’important est de ne pas basculer dans l’extrême-droite. Pas pour rien d’ailleurs qui paraitrait que PSPP a rencontré Zemmour… De toute façon, un humaniste sait très bien qu’on a qu’à remplacer la « capacité d’accueil » par la « volonté d’accueil », et hop, le tour est joué. Et avec en filigrane l'arrière-pensée que je marquerais la différence entre un Québécois d'origine canadienne-française et un autre qui ne serait pas né ici ou qui serait né de parents immigrés, et que ces derniers ne seraient pas non plus concernés par les effets qu'entrainent selon les démographes une hausse rapide de la population.
 
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     On semble vraiment être arrivé au Village Global qu'avait prédit McLuhan. Contrairement à ce que l'expression peut laisser croire, dans le Village Global qu'a pressenti l'intellectuel canadien, tout le monde sait ce que l'autre pense et les chicanes de clocher s'entretiennent perpétuellement. En effet, les réponses que l'on reçoit aux commentaires que l'on fait sont plutôt prévisibles, et le tribalisme politique devient en la matière un prédicteur très efficace. Autrement dit, bye-bye les nuances. On peut s’y attendre de la la part de xénophobes assumés – et dont je me fais un devoir de dénoncer à chaque fois que j’en ai l’occasion – mais il est surprenant de constater à quel point c'est devenu la norme, comme si les réseaux sociaux, au lieu de permettre une diversité d'échanges, avaient au contraire tendance à cristalliser davantage les positions. Pour ma part, même si je crois qu'une baisse des seuils migratoires s'avère légitime – ne serait-ce que pour y voir plus clair et régulariser la situation des trop nombreuses personnes et familles qui sont dans l'incertitude étant donné le bordel qui semble régner autant au fédéral qu'au provincial –, ça ne pas empêché de signer en ligne la pétition du député Rivard-Cliche de Québec Solidaire pour le maintien du PEQ. Ni d'écrire sur la page de MBC qu'il dessert la cause indépendantiste en ne mettant plus de l’avant un argumentaire qu’il avait pourtant l’habitude de servir, à savoir qu’est Québécoise ou Québécois quiconque embrasse la culture d’ici, et que cela n’a rien à voir avec la race ou le sang et que son obsession migratoire l’a rendu caricatural. Quant au PQ, malgré le fait que PSPP prend bien soin à chaque fois de distinguer la critique qu'il fait des politiques d’immigration des personnes qui immigrent, et qu’il insiste pour dire que ces derniers sont des Québécois à part entière une fois rempli l’interminable processus qu’on leur demande d’accomplir, il me semble évident que le PQ devra revoir sa stratégie étant donné la facilité avec laquelle on récupère et déforme trop souvent son propos. Et que devant les dérives inévitables qui vont arriver, PSPP devrait condamner plus fermement les discours xénophobes. J'ajouterais qu'on m’a maintes fois traité d’antisémite dans les pages du National Post pour la manière dont j’ai critiqué le massacre incessant et disproportionné des Gazaouis, ce qui ne m’a pas empêché de trouver que ceux qui sont allés plusieurs fois prier devant la Basilique Notre-Dame à la suite de manifestations pro-palestiniennes manquaient au minimum de discernement, et au pire savaient ce qu’ils faisaient et donnaient dans la provocation. Dans les deux cas, ça témoignait d’une bien mauvaise lecture du contexte québécois. Bref, j’ai une position que j’estime nuancée, à la ressemblance du monde qui nous entoure, et dont on peut difficilement déduire les contours, comme c’est malheureusement le cas de bien des gens qui commentent dans les chambres d’échos. Par exemple, si la Loi 21 me paraissait respecter l’esprit de la commission Bouchard-Taylor – énorme sujet sur lequel porte en partie ma maitrise –, je suis loin de partager cet avis concernant les nouvelles interventions de la CAQ en matière de laïcité. Mais peu importe le fond, en matière de laïcité, la forme est toute aussi importante et à cet égard, la façon dont la CAQ a fait de cet enjeu une question bassement électoraliste est déplorable. Legault n’a jamais eu la stature d’un homme d’État et n’a jamais compris qu’il était le Premier ministre de tous les Québécois et que sa fonction lui commandait d’expliquer avec beaucoup plus d’empathie pourquoi la laïcité est une valeur qui est au fondement de l’identité québécoise. Vivement les élections et bon débarras. Cela dit, je n’exclus pas non plus mes propres biais dans tout ça. Mais étant donné que je fais l’effort constant et conscient de penser contre moi-même, et que je ne me gêne pas pour relever les contradictions autant chez mes alliés que mes adversaires, il va de soi que toute position est critiquable, en autant qu’on le fasse sur une base rationnelle, ce qui ne semble plus être possible lorsqu’on aborde l'enjeu de l’immigration ou celui de la laïcité. Comme si ces question étaient pour certains en soi intouchables et qu’il était illégitime d’adopter des positions qui n’iraient pas dans le sens d’une ouverture toujours plus maximale des frontières ou de la place du religieux dans l’espace public. Me semble qu'on peut penser qu'il soit sain d'en débattre sans être pour autant un fasciste qui s’ignore. Non ?
 
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     Je sais, on est 50 000 à exprimer sa position sur le sujet et on aurait intérêt à calmer le jeu et ne plus nourrir la bête, d’autant plus que cette dernière ne demande que ça, attiser les oppositions et les conflits. Mais ça devient d’autant plus difficile de résister quand on note chez plusieurs une tendance à moraliser de manière excessive les enjeux de façon à mettre systématiquement l’individu au-dessus de l’intérêt commun. C’est d’ailleurs là une question de fond qui anime toute l'action des gens comme Frédéric Bérard, Alexandre Dumas ou Marie-Eve Cotton pour qui la société serait un Léviathan intrinsèquement néfaste, un ensemble par défaut prédisposé à brimer les droits individuels. Bien sûr qu'il peut être cela et le long processus démocratique par lequel nous sommes passés témoigne d'une lutte qui, lorsqu'on regarde d,autres sociétés, était loin d'être gagnée d'avance. Sauf qu'on semble avoir oubliéque c'est cette même société qui accorde aux individus leurs droits. Et c’est, selon le philosophe et sociologue Marcel Gauchet, le grand paradoxe de cette gauche qui ne voit pas qu’elle a succombé à l’idéologie néolibérale en réifiant constamment l’individualisme – le Marché oblige – comme la valeur étalon par laquelle on peut juger la justesse de telle ou telle mesure, ce qui finit par aboutir à des jugements comme celui de la "coupe Longueil" ou celui d'un cabinet d'avocat condamné pour 5000$ parce qu'il n'avait pas engagé un candidat dont il restait à vérifier un casier judiciaire qui s'est avéré problématique aux yeux de l'employeur. L'individualisme devient une norme qui fragmente de plus en plus la notion de bien commun. Cela fera l’objet d’un prochain carnet, en espérant que d’avoir énoncé ici les différents problèmes que je perçois concernant la difficulté de traiter l’enjeu migratoire m’aidera à passer à autre chose, d’autant plus que si l’on désire vraiment s’attaquer aux discours xénophobes, ce serait bien si on pouvait s’entendre qu’entre La Meute, Hitler et moi, ce n’est pas bonnet blanc blanc bonnet. Ou noir bonnet bonnet noir si vous préférez.
Merci à ceux qui ont pris la peine de lire tout ça.
 
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* “Dès le printemps 2022, des chercheurs et fonctionnaires, preuves à l’appui, ont mis en garde le gouvernement Trudeau : les seuils d’immigration compliquent une crise du logement déjà très installée. « En tant que responsables de la gestion de l’immigration, les décideurs politiques doivent être conscients du désalignement entre la croissance démographique et l’offre de logements, ainsi que de la manière dont l’immigration permanente et temporaire influence la croissance démographique », relève Matthew Saayman, analyste en politiques au ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, dans un document coécrit avec ses collègues chercheurs au même ministère, Sébastien Vachon et Dan Hiebert (ce dernier à titre d’universitaire en résidence).” Louise Leduc, La Presse, 18 janvier 2025.

#32 L'occasion manquée de Mathieu Bock-Côté 

Faut être de mauvaise foi pour ne pas reconnaitre que MBC a bel et bien mis KO tout le plateau de TLMEP dimanche dernier. Clairement embarrassé, acquiesçant à regret aux propos de son invité, le pauvre Jean-Sébastien Girard n’en menait pas large avec son air penaud, Stéphane Rousseau non plus. La dernière fois où j’ai vu Guy A. perdre de la sorte ses moyens remonte justement à la dernière visite de MBC. Agile comme un pro à l’apogée de son art, MBC a distribué ses gauche-droites éclairs et laissé tout l’monde étourdi, les spectateurs inclus, démontrant sans équivoque la force de frappe de ses arguments. Bien sûr, les opposant de la go-gauche (comme ils l’aiment l’appeler) jubilent. Et ce n’est pas toujours joli…
 
Quant à la brigade anti-fasciste, elle est en déroute et essaye toujours de comprendre ce qui s’est passé. Plusieurs s’affairent à démonter points par points les arguments du chroniqueur, ses inexactitudes et la manipulation dont il aurait usé pour faire valoir de manière douteuse sa pensée, en déplorant qu’on ait pas songé à lui opposer un adversaire de taille. Mais personne ne semble être prêt à faire un réel examen de conscience et admettre que si MBC a pu être aussi dominant, c’est parce qu’il n’avait qu’à nommer l’éléphant dans la pièce : l’explosion des seuils migratoires sous le gouvernement Trudeau. Et surtout, ses impacts qui ne vont pas toujours dans le sens souhaité, comme en témoigne entre autres cet article de La Presse faisant état des liens entre la crise du logement et l'accroissement soutenu de l'immigration.*
 
Il semble qu’on soit réellement devant un cas de dissonance cognitive, comme si certains s'obstinaient à confondre politiques d’immigration et immigrants (et les immigrants qui sont déjà citoyens) et qu’il n’était pas possible d’adresser, comme on peut le faire pour n’importe quel autre ministère, des critiques à l’endroit de la hausse marquée des cibles d’immigration. Bien que de débattre du sujet ne soit plus tabou – on en discute fréquemment sur les ondes de Radio-Can à Midi Info, une émission qui est loin d’être un repère de l’extrême-droite aux dernières nouvelles –, c’est comme si le mémo ne s’était toujours pas rendu chez certains qui semblent craindre que le mot en R ou en F ne soit prononcé si jamais on osait trouver qu’il se puisse qu’une augmentation élevée des seuils migratoires ne soit peut-être pas automatiquement une bonne idée, notamment parce qu’elle neutraliserait notre capacité d’intégration, en plus du bordel administratif que cela perpétue pour les immigrants déjà au pays et en attente d’une confirmation de leur statut. Il est d’ailleurs abject de jouer comme ça avec la vie des gens, et le changement des règles en cours de processus comme vient de le faire la CAQ est indécent et immoral. Ce gouvernement est désespérant.
 
Quoi qu’il en soit, malgré sa victoire qui peut paraitre éclatante, MBC a manqué une belle opportunité de faire avancer la cause qui lui tient le plus à cœur, l’indépendance, et du même coup, laisser bouche bée ses détracteurs en démontrant par l’exemple comment, en cette ère de clivage exacerbée, il est possible d’élever le débat en ne se contentant pas seulement de gagner grâce à sa rhétorique, mais en faisant preuve d’ouverture et de générosité, sans avoir à se renier pour autant. On me permettra ici d’utiliser une autre métaphore sportive : c’est un grand chelem en 9e manche avec zéro retrait et zéro prise que MBC aurait pu frapper quand Sol et Ruba se sont présentés sur le plateau. Et jusqu’à la fin j’y ai cru, pensant même que ça y était quand il s’est mis à lire une des pages du livre de Ruba… Imaginez MBC qui décide d'abandonner sa logique de l'affontement, tend une branche d'olivier et qui commence à dire ceci :
 
« … une fois que cela est dit, j’aimerais tout de même souligner que cela m’émeut de penser que Ruba, fille de réfugiés palestiniens ayant choisi de s’installer à Montréal au début des années 80, soit aujourd’hui à la tête d’une formation politique québécoise et de surcroit, soit indépendantiste. En ce qui me concerne, cela compense amplement pour les nombreux désaccords idéologiques qui nous séparent. J’aimerais qu’on me comprenne bien. Si je doute, en raison des politiques d’immigration débridées d’Ottawa qui prévalent depuis près d’une décennie, que le sentiment d’appartenance à l’identité québécoise tel que l’ont développé Ruba et Sol du temps de leur jeunesse puisse aujourd'hui aller de soi, cette critique n’est en rien une charge contre les immigrants, et tous ceux qui sont déjà citoyens, mais bien contre les seuils du fédéral qui mettent à mal notre capacité d’intégration. Aussi, je sais pertinemment que l’indépendance ne s’accomplira pas en soustrayant, mais bien en additionnant. C’est pourquoi j’aimerais réitérer quelque chose que j’ai dite et écrite plusieurs fois : Être Québécois n’a jamais été pour moi une histoire de race, de religion ou de couleur de peau. Est Québécois celui et celle qui désirent le devenir, et qui le deviennent parce qu’ils ont choisi de vivre en français dans ce coin de pays d’Amérique du Nord nommé Québec, et d'adhérer à ses valeurs afin de faire tous ensemble société. Je suis désolé si l’écho de mes propos ont pu parfois laisser penser autre chose, et j’espère sincèrement que lorsque le choix de la souveraineté s’offrira bientôt à nous, nous travaillerons tous ensemble pour qu’elle advienne. »

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Prologue (happy ending)
 
"...et j’espère sincèrement que lorsque le choix de la souveraineté s’offrira bientôt à nous, nous travaillerons tous ensemble pour qu’elle advienne.Dans mes bras mes frères et mes sœurs... ».
 
Une valse joyeuse envahit les airs du studio de télé. MBC prend Ruba et Sol par la main et les trois forment une ronde à laquelle s’ajoutent de plus en plus de participants. Tous se sourient, Mathieu essuie même une larme sous les applaudissements nourris d’une foule libérée de la tension qui plombait l’atmosphère depuis beaucoup trop longtemps et qui respire à nouveau grâce au sentiment qu’elle a d’assister à la naissance de quelque chose de grand, de vrai et de beau. Denoncourt éprouve de la joie pour la première fois de sa vie. JS Girard sourit intérieurement à l’idée qu'il pourrait devenir ministre de la Nostalgie. Et Guy A. Lepage tape dans ses mains au rythme de la musique avec Stéphane Rousseau, contents d’être content.
 
Ok je sais, j'exagère. Mais j'ai le droit de rêver non?
 
(J’espère que le PQ prend des notes…)
 
* “Dès le printemps 2022, des chercheurs et fonctionnaires, preuves à l’appui, ont mis en garde le gouvernement Trudeau : les seuils d’immigration compliquent une crise du logement déjà très installée. « En tant que responsables de la gestion de l’immigration, les décideurs politiques doivent être conscients du désalignement entre la croissance démographique et l’offre de logements, ainsi que de la manière dont l’immigration permanente et temporaire influence la croissance démographique », relève Matthew Saayman, analyste en politiques au ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, dans un document coécrit avec ses collègues chercheurs au même ministère, Sébastien Vachon et Dan Hiebert (ce dernier à titre d’universitaire en résidence).” Louise Leduc, La Presse, 18 janvier 2025.

#26 L’esprit du temps et la mécanique des idées  

 

« En fait, l'esprit a atteint son stade actuel de conscience comme le gland se transforme en chêne, comme les sauriens se sont transformés en mammifères. De même qu'il s'est développé pendant fort longtemps, il continue encore, en sorte que nous sommes poussés par des forces intérieures aussi bien que par des stimuli extérieurs. » 

C.G. Jung " L'homme et ses symboles ", Robert Laffont, 1964 p.81. 


Si l’Homo Sapiens est sensiblement resté, biologiquement parlant, le même animal depuis son apparition il y a environ 300 000 ans, il est admis qu’il a continué d’évoluer au niveau psychique. Et tout comme il est possible de trouver des traces de l’évolution du vivant à travers la biologie humaine - les cellules de notre corps sont constituées de mitochondries; de minuscules centrales énergétiques et qui sont apparues 2 milliards d’années avant nous, notre coccyx est le vestige d’une ancienne queue, etc. -, certains ont tenté de dresser, à même la psyché humaine, la carte du cheminement psychologique de l’humanité depuis son berceau, et du reste de la route qui lui resterait à parcourir. 

 

Parmi ceux-là, le philosophe américain Ken Wilber avance une théorie qui permet de comprendre comment et pourquoi une nouvelle pensée finit par émerger et s’imposer à travers les époques. Grâce à son modèle, Wilber a pu prédire dès les années ’90 ce qui se joue maintenant un peu partout sur les campus universitaires américains et canadiens. La perspective qu'il offre sort des sentiers battus et en ce qui me concerne, ce ne serait pas une perte de temps si vous preniez la peine d’écouter le vidéo juste en-dessous qui aidera non seulement à comprendre comment évolue la psyché humaine, mais aussi comment et pourquoi il s'est produit le choc idéologique auquel on assiste depuis quelques jours à l’Université d’Ottawa. Bref, ce n’est pas un hasard si nous somme plusieurs à se sentir dépassés sur notre gauche, et qu’un phénomène d'inversion de certaines valeurs - la laïcité par exemple - semble s’opérer. Selon Wilber, les secousses idéologiques dont nous sommes témoins seraient le fruit d’une inévitable confrontation, en même temps que la répétition d’un phénomène qui se produit à chaque fois que l’humanité assiste à l’apparition d’un nouveau niveau de pensée. 

 


Toujours selon lui, il faudrait que seulement 10% de la population adhère à une nouvelle idéologie pour que celle-ci finisse par s’imposer et devienne dominante. Voilà comment et pourquoi les idées des Lumières qui prirent racine au 18e ont fini par devenir la norme au point tel qu’aujourd’hui, du moins en Occident, des concepts tels que la liberté d’expression ou la démocratie vont de soi. Mais pour devenir la norme, l’idéologie nouvelle ne peut pas complètement balayer celles qui l’ont précédé; elle doit plutôt la compléter, et améliorer l’ensemble du système sinon elle ne pourra s’épanouir, et ira même jusqu’à régresser si elle n’arrive pas à faire de compromis, ce qui semble être présentement le cas de la culture « woke » , associée à la pensée post-moderne, courant dont les graines, toutes jeunes, ont germée durant les année ’60. Si celle-ci met en lumière certains des paradoxes qu’a fini par engendrer le stade de pensée moderne - et qui succédait au stade tribal qui a dominé le Moyen-Age et dont certains relents sont encore présents -, Wilber nous explique qu’elle pourrait justement régresser au niveau tribal avec qui elle a beaucoup en commun - identity politics oblige - si elle rejette les piliers de la pensée moderne comme la liberté d’expression, piliers qui lui ont permis la naissance du stade post-moderne. Wilber termine avec une mise en garde contre les défis qui émergent lorsque fleurit un nouveau courant de pensée. Lorsqu'il en est à ses premières incarnations, celui-ci est convaincu de sa supériorité et prétend détenir la vérité, en d’autres mots, il n'est pas très inclusif et cherche plus à s'affirmer qu'à intégrer. Ajoutons à cela les caractéristiques propre au courant post-moderne; une relativisation ET un absolutisme extrême, et ceci explique bien des aspects de l’affaire qui secoue présentement l’Université d’Ottawa. Bref, un entretien fascinant comme le sont la plupart des vidéos que l’on peut visionner sur Rebel Wisdom.

#13 Pour en finir avec la partisanerie, la démagogie, la corruption, le lobbying, la gauche, la droite... et la démocratie! 

Il était question d'Oprah Winfrey. Elle venait de prononcer un discours remarqué aux Golden Globes et la machine à rumeur s'était emballée. On murmurait déjà Oprah for President. Mais le ton de l'ancien ministre - et premier impresario d'Éric Lapointe - était sans appel: « Pour savoir si elle ferait ou non une bonne candidate, il faudrait d'abord voir son programme car c'est là-d'ssus que les gens voteront...». Quelque chose du genre. Avec toute l'autorité qu'on lui connait, Yves-François Blanchet avait clos la discussion avec ce qui semblait être un argument fort censé. Je cuisinais en écoutant distraitement la conversation et ce n'est que 2 jours + tard que j'ai réussi à mettre le doigt sur ce qui clochait avec cette conclusion. Ce qui avait été affirmé comme étant une évidence n'en était pas une. En fait, la population se prononce rarement sur un programme quand elle élit un parti. La politique est un domaine qui a beaucoup plus à voir avec l'émotivité qu'avec la raison, même si on se l'avoue plus ou moins. Sinon, ce serait toujours le meilleur programme qui l'emporterait, non..? 

J'ai évoqué dans le 2e carnet qu'il m'arrivait de faire le troll sur Fox News. Pas un vrai troll fatiguant qui ne fait que répéter la même chose mais pas loin certains soirs, du moins c'est ce que pourrait penser un électeur qui a voté pour Trump. Disons que je me suis beaucoup calmé depuis que je tiens ce blogue et surtout, j'ai appris à ne plus m'engager dans de longues répliques stériles. Ce qui ne m'empêche pas d'aller consulter quotidiennement le site de Fox News, mieux fait je trouve que celui de bien des concurrents. Et donnons leur aussi cela, il est très divertissant. Le fréquenter permet également de mieux comprendre pourquoi Hillary Clinton n'a pas gagné. Rarement j'ai vu une politicienne susciter autant de mépris. Trump aussi, on s'entend. Mais il a quelque chose que l'ancienne candidate démocrate n'a pas. Du charisme, qu'on le veuille ou non...

En politique, le programme peut bien entendu faire balancer un indécis mais il sera rarement un facteur déterminant. On feint de l'ignorer mais la politique, c'est avant tout du théâtre. Et comme un comédien sur les planches, le politicien doit performer, c'est-à-dire savoir susciter de l'émotion. C'est là que ça se joue, que va se chercher la marge qui détermine qui l'emportera. On se souviendra de Lucien Bouchard. Il est probablement le dernier politicien charismatique à avoir dirigé le Québec. Rappelez-vous quand Parizeau avait décidé contre vents et marées de redemander aux Québécois s'ils voulaient devenir les citoyens d'un nouveau pays. Ça s'emballait pas fort dans les chaumières. Il a fallu le charisme de Lucien Bouchard pour renverser la vapeur. Et c'est le propre d'un être charismatique de savoir susciter l'émotion. Et comme on l'a vu en 1995, quand l'émotion s'empare des affaires de la cité, ça peut devenir puissant. Ou épeurant. Ça dépend de quel côté on penche. Mais bien que j'ai voté oui en 1995, il y a là une des raisons pourquoi je ne suis plus convaincu que la démocratie soit le meilleur moyen pour que le bien commun prévale. La game a changé comme disait l'autre. En fait, je crois sincèrement que la démocratie telle qu'elle est pratiquée en ce moment a fait son temps, même si un peu partout, surtout en Occident, elle a permis des avancées considérables au chapitre des libertés civiles, de presse et d'expression, ainsi que de l'amélioration globale du niveau de vie des citoyens. Aussi, le lien qui existe entre le libre-marché et la démocratie est également très solide même s'il est difficile de le reconnaître pour beaucoup de monde. Bref, il faut admettre que la démocratie - à défaut de les anéantir - fut un excellent moyen de réduire les inégalités, surtout quand on compare avec la pauvreté généralisée dans laquelle vivait presque toute la population il n'y a pas si longtemps, et avec les pays où le communisme - dont le but premier était justement l'éradication des inégalités - a sévi. Mais si elle fut le moyen par lequel de nombreuses libertés furent acquises, le futur vivre-ensemble doit-il nécessairement passer par la démocratie? En d'autres mots, la démocratie est-elle une fin en soi? 

Depuis le début de ce blogue, j'ai souvent fait référence au dualisme, un phénomène inhérent au monde physique et à la condition humaine. Le politique n'y échappe évidemment pas. Et dépendamment où on se situe sur son spectre, on sera porté à favoriser un côté plutôt que l'autre, la fameuse division gauche-droite. Cela fut sans contredit un excellent moyen de s'affranchir du pouvoir absolu et hautement inégalitaire de la noblesse et de la monarchie, mais en cette ère numérique et hautement volatile - technologiquement et émotionnellement parlant - il serait peut-être temps de repenser la démocratie... Les Russes en tout cas ne s'en sont pas privé, comme ont pu le constater les États-Unis lors de la dernière élection présidentielle. Utiliser Facebook afin d'exacerber les divisions très marquées qui minent le climat politique américain, fallait quand même y penser..! Même chose avec Twitter, où les Russes ont utilisé la tuerie de Parkland pour jeter de l'huile sur le feu, une heure à peine après que la tragédie eut lieu.

 La démocratie a beau être le moins pire des systèmes, la démagogie qu'elle induit, la vision à court terme qu'elle propose, la corruption qu'elle encourage (même si elle la diminue beaucoup quand on compare avec les autres systèmes), le cloisonnement idéologique qui en découle, tout cela devrait nous convaincre de ne pas en rester là et d'au moins essayer d'atténuer ses effets pernicieux. Pour ma part, je serais même prêt à céder mon droit de vote pour qu'on instaure un Conseil des Sages, non-élu, afin d'élever le gouvernement au-dessus de la partisanerie et le préserver du concours de popularité auquel il doit se soumettre, d'autant plus que la surenchère médiatique et les risques de manipulation que les réseaux sociaux ont multipliés ces dernières années comporte leurs lots d' inconnues comme en témoigne la dernière élection présidentielle américaine. Et comme de toute façon la popularité n'a rien à voir avec la compétence...On freake un peu autour de moi quand je suggère cela mais ça réglerait il me semble bien des problèmes. Nommé par une Assemblée du Peuple, mais de laquelle il serait tout de même indépendant, un gouvernement de cette nature serait en grande partie à l'abri des conséquences indésirables évoquées + haut et ferait évoluer le processus démocratique actuel vers une plus grande maturité.

Pour ce qui est de son fonctionnement, le judiciaire continuerait grosso-modo comme il le fait. L'exécutif serait partagé entre l'Assemblée et le Conseil mais le législatif serait principalement l'apanage du Conseil qui serait appelé à adopter les lois à même les recommandations que lui soumettrait l'Assemblée du Peuple, qui elle continuerait d'être élue. Le Conseil aurait le devoir de toujours justifier sa prise de décision, mais ne serait pas tenu de retenir les suggestions de la majorité si le Conseil jugeait que le bien commun n'en bénéficierait pas.* Ça peut sembler un peu soviétique comme approche mais afin d'éviter une dérive totalitaire, le mode de sélection des Sages assurerait la représentation de la pluralité de la société comme nous le verrons plus loin. Oui, il y aurait un prix à payer, la dilution du droit de vote, de sa portée, mais en contrepartie cela nous préserverait du dualisme politique et de plusieurs problèmes qui en découlent... Les membres du Conseil des Sages auraient eux-mêmes à dégager un consensus majoritaire de l'ordre d'environ 60%, disons dans une proportion de 7 contre 4 si les Sages étaient au nombre de 11. Comme le sont présentement les juges de la cour suprême, les Sages seraient nommés par l'Assemblée et devraient eux aussi recevoir un assentiment avoisinant les 60%, peut-être un peu +, des membres élus de cette même Assemblée. Quant aux membres de l'Assemblée, on les élirait à la proportionnelle histoire de mieux refléter les aspirations de la population. Pour être retenu comme candidat, la feuille de route d'un Sage devrait démontrer un réel engagement pour la chose publique, ainsi que des qualités d'administrateur (à peaufiner, je jette les grosses lignes...). Une révision à chaque 8 ans du Conseil serait automatique, autant pour ses membres que pour son fonctionnement, et pourrait être révoqué advenant une impasse ou une paralysie... Genre. Évidemment, une nouvelle constitution veillerait à ce que des mécanismes de surveillance et de bon fonctionnement fassent en sorte que cette nouvelle expérience politique puissent être tentée dans le meilleur intérêt de tous. 

Pas pire non? Reste plus maintenant qu'à convaincre les partis actuels de ne plus vouloir exercer le pouvoir et le tour est joué..! C'est un peu comme si on demandait à notre égo de laisser sa place. Même s'il y a d'énormes avantages à travailler en ce sens - rien de moins que la cessation de la souffrance, parait-il, en ce qui concerne la mise au rancart de l'égo - le principal intéressé y voit difficilement son intérêt...

 

*Ce qui n'implique nullement de se débarrasser des philosophies et principes économiques qui ont mené à l'instauration de la démocratie, au contraire... Mais d'installer des politiques de développement durable irait évidemment dans le sens de l'intérêt public. Bref, il s'agirait de trouver l'équilibre entre la gauche et la droite et non pas alterner périodiquement entre les deux pôles et aboutir à une situation contre-productive où le gouvernement nouvellement élu annule les politiques de son prédécesseur qui avait lui-même fait la même chose auparavant et ainsi de suite...