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#19 L'Univers, cet incubateur de conscience  

Je vais vous épargner les détails concernant un nouveau courant philosophique qui prend naissance parmi certains théoriciens de l'évolution, mais en gros, disons que le courant dominant, matérialiste, qui teintait d'une certaine manière la façon de penser et de concevoir l'évolution, d'envisager ses mécanismes et ses (non) intentions, disons que cette vision commence à être contestée par une nouvelle frange. On s'entend, les adeptes religieux ont depuis toujours rejeté le processus évolutif dont la base de la théorie furent brillamment jetées par Darwin ( et Wallace ). Mais ce qui étonne le plus parmi les partisans d'une théorie de l'évolution plus ouverte, c'est que même si la plupart s'affichent comme athée ou agnostique, cela ne les empêche pas pour autant d'examiner des pistes qui vont à l'encontre de la vision matérialiste du dernier siècle. 

Je recommande grandement le visionnement du vidéo ci-bas. Je suis loin d'en savoir beaucoup sur le sujet mais l'invité est un formidable vulgarisateur et il explique bien comment l'athéisme militant de certains experts de l'évolution tel Richard Dawkins - avec lequel il revient d'un débat et à qui il voue encore aujourd'hui un grand respect – les amène à penser d'une certaine façon et qu'il est possible que cela ait engendré quelques cul-de-sacs concernant des concepts relatifs à la théorie de l'évolution. 

J'avais déjà exposé dans mon carnet #4 pourquoi malgré son caractère aléatoire, il peut être légitime d'interpréter le processus évolutif comme étant un phénomène inéluctable de complexification et de spiritualisation de la matière. Et quand même qu'on contesterait cette façon de voir le phénomène, un fait demeure : l'Univers - aussi sombre, froid et vaste soit-il -, est un incubateur de conscience.. ! 

Teilhard De Chardin - jésuite et paléontologue - fut l'un des premiers parmi l'Église Catholique à tenter de concilier le mécanisme de l'évolution et ce que le dogme affirmait concernant l'apparition de la vie et de l'Homme sur la terre. Je continue avec cet extrait du carnet #4... Décédé en 1955, Teilhard de Chardin – Pierre de son prénom - avait émis des idées que l'Église jugeait incompatible avec sa doctrine et l'avait contraint au silence. Ce n'est qu'après sa mort que ses livres ont été publiés et que cette même Église a finalement repris en partie ses thèses pour démontrer que Dieu et la théorie de l'évolution peuvent co-exister.   

Teilhard De Chardin s'est exprimé sur de nombreux sujets mais on retient surtout de lui son concept de la Noosphère. Noos qui veut dire esprit/raison/pensée en grec. Grosso modo, il y a selon lui 3 stades qui caractérisent l'évolution de notre planète. La Lithosphère; liée à la fabrication et l'organisation de la matière, la Biosphère; qui concerne l'apparition et le déploiement du vivant, ainsi que la Noosphère; qui correspond à l'émergence de la conscience. Toujours selon De Chardin, la conscience, étant déjà latente en la matière - ne serait-ce qu'en tant que principe organisateur – crée inlassablement les conditions nécessaire à son déploiement, tel que le démontre l'évolution de notre planète... Notons que cette hypothèse n'a pas besoin d'une intervention divine pour s'articuler car la conscience, mue par la volonté propre qu'elle a de se (re)connaître, met toute son énergie à transformer l'inerte en vivant, et le vivant en conscient. On est donc pas ici en présence d'un Dessein Intelligent ; les mécanismes de la sélection naturelle ont toute la latitude voulue pour s'exprimer, réussir ou échouer, comme Darwin l'a suggéré. À la différence que la Création tend ici vers un but ultime: le point Oméga, un point que l'humanité atteindra une fois que son potentiel spirituel sera pleinement développé. C'est pourquoi Teilhard De Chardin interprète la crucifixion et la résurrection d'un dieu qui s'est fait chair comme étant l'illustration du parcours qu'emprunte l'esprit afin de s'incarner et ainsi spiritualiser la matière. Autrement dit ( j'ai perdu le lien et donc le nom de l'auteur des prochaines lignes, dont certaines sont aussi de Teilhard De Chardin ) : 

« Il est impossible, en effet, pour Teilhard d’échapper «à l’idée que la spiritualisation progressive de la matière», à laquelle la paléontologie lui faisait si clairement assister, « puisse être autre et moindre chose qu’un processus irréversible dans lequel, suivant son vrai sens, la matière, au lieu de s’ultra-matérialiser » (c’est-à-dire de tomber dans une inopérante et stérile inertie), «... se métamorphose au contraire irrésistiblement en Psyché » (c’est-à-dire en une complexité organique conditionnant l’apparition possible d’une conscience animale et finalement humaine, comme nous voyons que les choses se passent en cours d’évolution). » 

Il est intéressant de noter que pour notre controversé jésuite, l'échec est aussi une possibilité ; rien ne garantit le succès de l'entreprise, qui, si elle échoue, devra reprendre à zéro le processus de spiritualisation de la matière. Mais quelques milliards d'années de plus ou de moins, qu'est-ce que ça change en regard de l'Éternité ?, je vous le demande... 

Un autre penseur, Alan Watts, apporte une explication complémentaire au processus évolutif. Et c'est tout simplement brillant en ce qui me concerne :

« God... likes to play hide-and-seek, but because there is nothing outside God, he has no one but himself to play with. But he gets over this difficulty by pretending that he is not himself. This is his way of hiding from himself. He pretends that he is you and I and all the people in the world, all the animals, all the plants, all the rocks, and all the stars. In this way he has strange and wonderful adventures, some of which are terrible and frightening. But these are just like bad dreams, for when he wakes up they will disappear. Now when God plays hide and pretends that he is you and I, he does it so well that it takes him a long time to remember where and how he hid himself. But that's the whole fun of it—just what he wanted to do. He doesn't want to find himself too quickly, for that would spoil the game. That is why it is so difficult for you and me to find out that we are God in disguise, pretending not to be himself. But when the game has gone on long enough, all of us will wake up, stop pretending, and remember that we are all one single Self—the God who is all that there is and who lives for ever and ever. » 

Le problème du Mal, qui sert d'argument à plusieurs athées pour réfuter l'existence de Dieu, s'en trouve résolu de la façon suivante, toujours selon Watts : 

"You may ask why God sometimes hides in the form of horrible people, or pretends to be people who suffer great disease and pain. Remember, first, that he isn't really doing this to anyone but himself. Remember, too, that in almost all the stories you enjoy there have to be bad people as well as good people, for the thrill of the tale is to find out how the good people will get the better of the bad. It's the same as when we play cards. At the beginning of the game we shuffle them all into a mess, which is like the bad things in the world, but the point of the game is to put the mess into good order, and the one who does it best is the winner. Then we shuffle the cards once more and play again, and so it goes with the world." 

Mais pour revenir à Teilhard de Chardin, selon lui, il allait de soi que lorsque la Noosphère, la sphère de l'esprit, deviendrait suffisamment évoluée, elle créerait un réseau planétaire qui relierait entre elles chacune de ses « cellules ». Et à cet égard, on peut dire que l'apparition de l'internet allait effectivement lui donner raison...

Bref, plusieurs penseurs de la théorie de l'évolution se questionnent aujourd'hui sur la façon dont leurs prédécesseurs ont peut-être interprété de manière erronée - sans se rendre compte du biais idéologique qu'ils avaient– les allées et venues des mécanismes de l'évolution. Bien entendu, il a été nécessaire de continuer le combat des Lumières jusqu'à aujourd'hui afin de mettre une ligne claire entre la science et la pensée magique. Mais il semble que nous assistions à un retour du balancier où le phénomène religieux est maintenant analysé de manière plus objective. Étant donné les succès fulgurants de la science, le religieux n'est plus considéré comme une menace à la Raison, et on est moins prompt à considérer les pratiques religieuses comme étant exclusivement un fatras de superstitions irrationnelles. Car si c'était effectivement le cas, comment expliquer leurs succès du point de vue même de la théorie de l'évolution comme le fait remarquer Bret Weinstein dans le vidéo ci-dessus? Selon Jordan Peterson, c'est la portée symbolique et mythologique, originant d'une morale universelle, qui explique l'apparition et l'importance de la religion comme ciment social, comme vecteur de sens, même si cela n'a le choix de venir avec certains inconvénients; entre autres une trop grande rigidité idéologique. Le débat est lancé et de nombreuses pistes restent à explorer, mais Il semblerait qu'une nouvelle pensée religieuse, mutante, ancrée dans la Raison, soit entrain d'émerger. Et que la Noosphère participe activement à sa propagation...
 

 

#7 Jésus le film, de Chardin et le ( relatif ) déficit d'empathie de Patrick Lagacé  

Comme beaucoup de Canadiens français de mon âge, mon enfance a été marqué par une éducation somme toute assez religieuse si je la compare avec celle que reçoivent mes enfants. Ça n'avait rien à voir avec ce qu'avaient vécu auparavant mes parents mais on peut dire que ma génération - je suis né en 1970 - a assisté aux derniers soubresauts de la religion catholique romaine au Québec. Comme on le sait, malgré la désaffection soudaine et massive des fidèles, les rites de passage tels le baptême, la 1ère communion et la confirmation, ont continué d'être célébrés. On peut aussi dire que les fêtes de Noël et de Pâques étaient encore empreintes d'une certaine religiosité. Bien entendu pour Noël, la messe de minuit contribuait beaucoup à cette atmosphère. Pour Pâques, la diffusion du film Jésus de Nazareth aidait à nous rappeler quel était l'objet de cette célébration. D'une manière assez brutale, il va sans dire... Assister à la crucifixion du Christ au petit écran fut pour l'enfant que j'étais un événement assez marquant merci. Ma mère m'en reparle souvent tellement j'étais inconsolable. Il faut dire que j'étais devenu un grand fan de Jésus depuis qu'on m'avait enseigné à l'école qu'il était le fils de Dieu, qu'il guérissait les malades et qu'il nous demandait juste de nous aimer les uns les autres. Juste des belles choses, que le spectacle de son exécution rendait d'autant plus insensé. Je crois bien que c'est le premier mort que j'ai pleuré.  

 

Comme bien des adolescents, mon lien avec Jésus s'est affaibli graduellement, pour complètement disparaitre à l'âge adulte. Mais je peux dire que j'ai eu le temps de développer avec lui une relation solide, assez pour prier tous les soirs avant de m'endormir. Rien de tel n'existe chez mes filles. Elle ne semblent pas entretenir de lien avec la religion, bien qu'elles aient des interrogations à ce sujet de temps en temps. Mine de rien, ce ne sont pas toutes les générations qui peuvent dire qu'elles ont vu devant leur yeux une religion s'éteindre... Ce qui ne veut pas dire que mon intérêt pour le christianisme a disparu. J'y suis revenu + tard, au fil de mes lectures. Le phénomène humain de Teilhard de Chardin fut l'une d'entre elles. Je me souviens surtout d'avoir trouvé le livre compliqué et de ne pas l'avoir fini. Mais si je peux en parler aujourd'hui, c'est beaucoup grâce à ceux qui ont écrit sur l'oeuvre de ce prêtre jésuite et ont su, j'espère, bien le vulgariser. Décédé en 1955, de Chardin avait émis des idées que l'Église avait jugées incompatibles avec sa doctrine et l'avait contraint au silence. Ce n'est qu'après sa mort que ses livres ont été publié et que cette même Église a finalement repris en partie ses thèses pour démontrer que Dieu et la Théorie de l'Évolution peuvent co-exister.  

De Chardin s'est exprimé sur de nombreux sujets mais on retient surtout de lui son concept de la Noosphère. Noos qui veut dire esprit/raison/pensée en grec. Grosso modo, il y a selon lui 3 stades qui caractérisent l'évolution de notre planète. La Lithosphère; liée à la fabrication et l'organisation de la matière, la Biosphère; qui concerne l'apparition et le déploiement du vivant, ainsi que la Noosphère; qui correspond à l'émergence de la conscience. Toujours selon De Chardin, la conscience, étant déjà latente en la matière - ne serait-ce qu'en tant que principe organisateur – crée inlassablement les conditions nécessaire à son déploiement, tel que le démontre l'évolution de notre planète... Notons que cette hypothèse n'a pas besoin d'une intervention divine pour s'articuler car la conscience, mue par la volonté propre qu'elle a de se (re)connaître, met toute son énergie à transformer l'inerte en vivant, et le vivant en conscient. On est donc pas ici en présence d'un Dessein Intelligent ; les mécanismes de la sélection naturelle ont toute la latitude voulue pour s'exprimer, réussir ou échouer, comme Darwin l'a deviné. À la différence que la Création tend ici vers un but ultime: le point Oméga, un point que l'humanité atteindra une fois que son potentiel spirituel sera pleinement développé. C'est pourquoi De Chardin interprète la crucifixion et la résurrection d'un dieu qui s'est fait chair comme étant l'illustration du parcours qu'emprunte l'esprit afin de s'incarner et ainsi spiritualiser la matière. Autrement dit ( j'ai perdu le lien et donc le nom de l'auteur des prochaines lignes, dont certaines sont aussi de De Chardin )* : « Il est impossible, en effet, pour Teilhard d’échapper «à l’idée que la spiritualisation progressive de la matière», à laquelle la paléontologie lui faisait si clairement assister, « puisse être autre et moindre chose qu’un processus irréversible dans lequel, suivant son vrai sens, la matière, au lieu de s’ultra-matérialiser » (c’est-à-dire de tomber dans une inopérante et stérile inertie), «... se métamorphose au contraire irrésistiblement en Psyché » (c’est-à-dire en une complexité organique conditionnant l’apparition possible d’une conscience animale et finalement humaine, comme nous voyons que les choses se passent en cours d’évolution). » *

Dites-vous que c'est la faute à Patrick Lagacé si je vous parle de ça. Son dernier billet Nos déficits d'empathie est apparu sur mon fil Facebook. Comme la plupart des papiers qu'il écrit, j'ai bien aimé, mais la fin m'a fait un peu tiquer: « Dans ce frôlement du bus sur le cycliste et les applaudissements envoyés au chauffeur, je vois un rappel pas forcément anodin: notre vernis de civilisation est bien mince. » C'est un tantinet dramatique quand on compare avec le vernis des précédentes civilisations. Bien sûr que des injustices et des atrocités sont encore commises mais on est loin du temps où la noblesse avait droit de vie ou de mort sur ses serfs. Ou qu'on pouvait vous mettre en prison, vous torturer et vous exécuter sans motifs. Ça fait quand même quelques décennies (seulement!) qu'à Montréal, tout le monde a l'eau potable à volonté chez soi, et qu'il est interdit de faire travailler en usine de jeunes enfants 12 heures d'affilées. Je pourrais continuer longtemps... C'est aussi ça, le vernis de notre civilisation. Et il est rendu assez épais à certains endroits. Pour être franc, m'est d'avis que y'a un peu de Jésus dans tout ça, que son message a fini par passer quand on pense au peu de valeur qu'a longtemps eu la vie humaine. Dans un monde où vivre voulait pas mal dire survivre, ça devait pas être si évident de s'aimer les uns les autres... 

Dans le même ordre d'idée, et tiré du même journal pour lequel écrit Patrick Lagacé, on pouvait lire hier dans le blogue de Richard Hétu que l'empire du café Starbuck allait offrir pendant une journée une formation sur le racisme à tous ses employés. Ce n'est pas banal comme nouvelle. Pas tant pour la formation en soi que pour la charge symbolique que cette opération de relation publique porte. Un symbole très cher payé soit dit en passant. D'où sa portée... À cela, De Chardin aurait pu ajouter que c'est la fonction de la Noosphère de produire de l'éthique et des relations publiques tout comme il revient à la Biosphère de produire de l'eau et des cerveaux. 

Mais pour revenir à notre relatif déficit d'empathie, il est vrai qu'il est dérangeant d'entendre des gens minimiser le geste du chauffeur et les propos qu'il a tenus. Comme le souligne Patrick Lagacé, il n'était pas gêné dans ses mouvements et n'avait pas à menacer ainsi le cycliste. Rien de toute façon pourrait justifier qu'un autobus mette en danger la vie de quiconque même si oui, on est tous d'accord, une minorité tenace de cyclistes manquent de civisme et sont imprudents. Mais à mettre l'emphase ainsi sur un incident et les commentaires qu'il a suscités pour faire le point sur notre civilisation, on perd de vue la vertigineuse ascension de notre espérance de vie, de sa qualité - la vie est beaucoup moins éprouvante physiquement qu'il y'a 60-70 ans pour une grande partie de la population - et d'une certaine idée de la justice qui a fait son chemin, et ce, dans une proportion largement supérieure à ce qu'aucune autre époque ait connue jusqu'à maintenant. Ce qui qui ne serait pas un hasard selon de Chardin. Selon lui, comme l'accroissement de la conscience tend naturellement vers un bien-être supérieur - car ce sont dans ces conditions que la conscience peut le mieux s'exprimer et se complexifier - elle travaille constamment dans ce sens. Avec pour conséquence de nous faire converger sur le long terme vers Dieu, le point Oméga, une route qui sera forcément encore longue et pleine d'obstacles car il ne peut y avoir d'évolution sans friction, d'où la nécessité du Mal. Un autre problème de résolu..! 

De Chardin serait sûrement d'accord pour dire que nous sommes présentement dans une phase de transition. Et si l'invention de l'écriture marque la fin de la préhistoire, l'apparition de l'internet pourrait bien jouer le même rôle et tracer ainsi une transition symbolique entre la Biosphère et la Noosphère. Il avait d'ailleurs lui-même prédit l'arrivée d'un tel réseau afin que chacune de nos consciences individuelles puissent toutes communiquer entre elles... Et en cette ère de l'information, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas au moins concéder une certaine cohérence à son hypothèse. Quand même qu'on soit agacé par l'aspect téléologique de ce qu'il expose, on peut difficilement nier les liens qu'il noue entre la matière, la vie et la conscience. Et que sens et information sont bel et bien au cœur de notre univers puisque nous y sommes, d'où la Noosphère... Bien sûr, on peut réfuter tout cela en invoquant la tautologie qui se cache derrière l'argument mais j'aurais peur que ça se retourne contre celui qui le ferait, cela étant effectivement un argument bien sensé.

 

*mes excuse à l'auteur qui a eu la bonne idée de reproduire ce passage de De Chardin dans son papier...