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#20 Le Géant Ferré ou l’étonnante vertu pédagogique des rêves  

J’ai le sommeil léger ces temps-ci et il m’arrive souvent de me réveiller aux aurores. Je réussis la plupart du temps à me rendormir, avec la conséquence suivante : Je me souviens souvent de mes rêves. Des rêves intenses, bizarres et colorés et qui me paraissent très réels. J’ignore si j’en fais du même genre lorsque je dors des nuits normales de 7-8 heures et que je ne m’en rappelle tout simplement plus à mon réveil, mais par 2 fois ces dernières semaines j’ai été à même de constater que rêver peut être une façon de résoudre des problèmes subtils, camouflés parmi un lot d’informations dont la nature ne parait pas nécessairement problématique au premier abord. Comme si rêver avait pour fonction de mettre la lumière sur des trucs qui nous échappent, et qu’à travers un récit décousu et farfelu, notre subconscient arrivait à mettre en place les morceaux manquants du puzzle. 

Je n’entrerai pas dans les détails, ce serait trop long et trop technique, mais je correspond beaucoup en anglais ces derniers jours. Je me considère pas mal bilingue, assez pour écouter n’importe quel exposé sur Youtube, même s’il s’agit d’un sujet pointu. Même chose pour un film ou une série sur Netflix. Et je suis aussi assez à l’aise à l’écrit. Mais une subtilité m’a échappé lors d’un échange, et le fait d’avoir mal compris une seule phrase avait embrouillé le reste de la conversation. Et plusieurs échanges subséquents. Par exemple « Et que je sois venu pour te voir au moins une fois » ne signifie pas exactement la même chose que « Et je suis venu pour te voir au moins une fois ». La première phrase peut être comprise comme s’il s’agissait d’un souhait, de quelque chose qui n’est pas encore accompli alors que la deuxième fait état d’une action qui a vraiment eu lieu. Mais comme en anglais le subjonctif n’existe pas, on utilisera le passé avec l’aide d’un auxiliaire, et grâce au contexte on devrait pouvoir comprendre qu’une intention est exprimée ( « And I have come to see you at least once » ). En français, le mode subjonctif est justement là pour mettre l’emphase sur la potentialité, pour indiquer que l’action ne s’est pas nécessairement produite même si elle est désirée. Ne décelant donc pas de trace de subjonctif dans la phrase de l’échange mentionné plus haut, je l’ai comprise comme s’il s’agissait d’un acte déjà accompli et non pas comme une intention. Erreur… dont je me suis rendu compte après avoir fait un bien étrange rêve. L’erreur ne m’a pas été révélée comme telle pendant mon songe, mais pour une raison mystérieuse, dès mon réveil, j’ai su que j’avais mal interprété la phrase en question et que cela avait influencé le restant de la conversation d’une drôle de façon, chose dont je me doutais vaguement car j’avais tout de même émis l’hypothèse qu’il y avait peut-être quelque chose qui m’échappait… 

Dans mon rêve, j’étais à Lhassa, capitale du Tibet, où j’entrais dans un temple avec un ami d’enfance. Comme celui-ci travaille à l’étranger dans différents pays, il était tout à fait normal qu’il connaisse la Grande Prêtresse de l’endroit, et dont l’accent révélait à ma grande surprise qu’elle était Québécoise. Elle nous salua lorsqu’elle nous aperçut et mon ami partit la rejoindre près de l’autel, en montant les 3-4 marches qui les séparaient. Je voulus le suivre mais alors que j’arrivai près des marches, 2 géants et horribles pugs ( un pléonasme... que ces chiens sont laids ! ) surgirent et se mirent à me grogner après, de manière très agressive, à 2 pouces de mon visage et de ma gorge. Celui qui était tout près de ma gorge m’inquiétait particulièrement. Un coup de gueule et j’étais fait. J’essayais de garder mon sang-froid, en contrôlant  ma respiration, car plus je laissais paraitre ma nervosité, plus les chiens s’énervaient. C’était pas cool… Le reste est flou, je me suis retrouvé à l’étage supérieur, avec des moines évachés par terre et qui avaient l’air d’être pas pire lendemain de veille… Ce sont sur ces images que mon rêve se termina. Et c’est quelques minutes après m’être réveillé - alors que je vérifiais mes courriels sur mon portable - que mon rêve me revint et que ma méprise de la veille m’apparût évidente : La phrase aurait été en mode subjonctif si elle avait été écrite en français..! Du coup, tout le reste s’éclaira de lui-même. Du moins, je le croyais. 

Car un autre malentendu, encore plus ancien que le précédent plombait depuis le début toute la conversation. J’avais exagéré l’ampleur d’un détail auquel mon interlocuteur accordait tout de même beaucoup d’importance. Et encore une fois, je réalisai l’étendue de ma confusion après avoir fait… un autre rêve! 

Je suis chez nous, sur une île grecque. J’habite une vaste villa, très dépouillée, en pierre blanche. Mon ami David - le même qu’à Lhassa - me dit qu’il doit s’en aller. Au même moment, on cogne à la porte. Je vais ouvrir et c’est le Géant Ferré qui est là et qui m’annonce qu’il s’en vient souper chez nous. Je suis très perplexe car non seulement je ne l’ai pas invité, je ne comprends pas qu’il soit si familier avec moi, comme s’il me connaissait depuis longtemps. Je ne veux pas le froisser et tente de lui expliquer que c’est la première fois que l’on se parle mais il part à rire en me traitant de sacré farceur. Comme il est très sympathique, je l’invite à entrer, en me disant que ce souper risque de ne pas être banal. Le seul problème est que le garde-manger et le frigo sont vides. Je dis alors à André de m’attendre le temps que j’aille au marché acheter des victuailles. Le marché est situé en plein centre de l’île, en son sommet - avec une pente qui n’est pas très élevée - sous une coupole blanche. Comme l’île n’est pas très grande, je m’y rends rapidement et achète ce dont j’ai besoin pour cuisiner. Mais lorsque j’en ressors par la porte donnant sur le nord, je ne reconnais pas mon chemin. Je retourne alors dans le marché et sors par la le côté ouest mais il se produit la même chose, le chemin ne me dit rien. Même résultat avec les portes sud et est. Ma villa n’était pourtant pas loin mais pour une raison que j’ignorais, les chemins étroits et sinueux qui apparaissaient lorsque j’ouvrais les portes - en même temps que la mer au loin - m’étaient inconnus et je ne savais plus comment retourner chez nous. 

Je me réveillai sur cette dernière scène et instantanément, je compris la nature du quiproquo qui s’était installé depuis plusieurs échanges. J’avais saisi de travers une allusion, ou plutôt, j’avais amplifié indûment sa portée. C’était donc pour cela que mon interlocuteur revenait souvent sur le sujet..! Et moi qui renchérissait quant à l’importance de la chose et qui en rajoutait, sans me douter que cela trahissait mon incompréhension… 

Si je n’ai pas fait automatiquement de lien entre mon premier rêve et la résolution du problème qui s’ensuivit, il devint évident que le 2e avait pour rôle de m’indiquer mon erreur. J’eus même la sensation étrange de ressentir mon subconscient processer - un peu comme dans La Matrix lorsqu’on voit défiler les 1 et les 0 - lorsque je sortais par les portes et retournais dans le marché, comme si mon cerveau travaillait de paire avec mon subconscient pour que le sens véritable de ce qui m’avait échappé devienne enfin clair… 

Je ne crois pas que ce soit là la seule fonction des rêves, certains peuvent avoir ont une portée encore plus… sacrée - ou du moins mystique comme en témoigne mon carnet #3 - mais à l’aulne des expériences récentes que je viens de vivre, il m’est devenu évident que les rêves peuvent vraiment nous révéler des secrets qui nous échappent.

#9 Rêveries mexicaines et autres divagations 

« Ma mère, Jean François, elle retournerait vivre dans le désert si on la laissait faire! » s'est exclamé de sa voix haut perchée le technicien de Vidéotron alors que nous avions engagé une discussion sur ses origines. Avec son allure longiligne - il me dépassait de 3 têtes - et son nez très fin, j'aurais gagé qu'il venait de l'Érythrée ou de la Somalie. C'est pourquoi j'ai été surpris quand il m'a dit qu'il était né en Algérie. Mais après coup, j'ai refait l'examen de son faciès et j'ai reconnu à même la peau noire de son visage des traits que l'on rencontre chez les Berbères du Sahara. Il y a des peuples comme ça dont on dirait que l'origine est intrinsèquement métissée, comme s'ils appartenaient simultanément à deux ethnies différentes. Prenez les Birmans ou les Népalais; malgré leur yeux bridés, ils ne correspondent pas tout à fait à l'idée qu'on se fait des Chinois ou des gens du sud-est asiatique en général (...Tao, s'cusez-la). On peut voir qu'ils partagent avec leurs voisins indiens de nombreux traits. Même chose pour les Khazaks, ou même les Russes, dont on dirait que certains visages empruntent à la fois aux physionomies d'Asie et du Caucase.  

Mais pour revenir à la mère berbère du sympathique envoyé de mon fournisseur internet qui voulait retourner vivre dans le désert – pas lui mais sa maman – on aurait dit que je comprenais son désir, désir que j'attribuais à une envie de dépouillement, et surtout, une envie de beauté et d'horizon. J'imaginais qu'elle ne s'était jamais réellement habituée au «confort» de la ville et de ses tours à logements... Mais devant l'incompréhension que suscitait chez son fils un tel projet, j'ai gardé pour moi mes divagations. Faut savoir qu'il m'arrive de fantasmer depuis quelques temps sur la vie des Touaregs - des nomades du désert - une vie que j'imagine + proche de la nature, une vie dictée par la nature. Et depuis que je suis tout petit. j'ai toujours aimé me retrouver dans la nature. Mes premières expéditions en canot avec mon père étaient magiques. J'ai déjà évoqué ici les marches que je prenais à la tombée de la nuit avec ma grand-mère dans les chemins de terre étroits de la réserve Papineau-Labelle. Mon premier camp d'été scout chez les Éclaireurs est aussi un des beaux souvenirs de ma jeunesse. Deux semaines à vivre dans les bois, à faire des grands jeux et des expéditions. C'était le paradis. On avait bâti nos propres lits avec des branches et de la corde. C'était confortable en plus! Ensuite de l'âge de 18 à 36 ans, j'allais souvent vivre seul dans un shack quelques jours sur une presqu'île en forêt, sans eau courante ni électricité, et j'adorais ça. Il me suffisait d'aller à la chasse aux champignons, pêcher quelques truites et hop, un festin m'attendait...  

Mais si je pouvais choisir un lieu et une époque où je pourrais vivre de cette façon, je choisirais la péninsule du Yucatan, avant que les Espagnols n'y débarquent. Mon premier contact avec ce coin du Mexique remonte à quand j'avais 14-15 ans et que je suivais à chaque semaine les aventures de Thorgal que publiaient le Journal de Tintin. Ma mère me le rapportait à tous les samedis du dépanneur que mes parents opéraient. La trilogie du Pays Qâ dont l'intrigue principale se déroule en Amérique d'avant Colomb est devenue un classique parmi la longue série d'albums qui raconte la saga de Thorgal. À se fier aux magnifiques dessins de Rosinski, y vivre de chasse et de pêche à l'année longue semblait définitivement appartenir au domaine du possible. Et de l'agréable. On aurait dit une sorte d'Eden-sur-Mer où la Nature pourvoyait aux besoins de tous et chacun.

C'est vers l'âge de 24 ans que j'ai fait mon premier vrai voyage au Mexique. Et j'ai rarement «ressenti» un endroit comme la fois où je suis sorti du cœur de Mexico par une station de son métro au petit matin. En déambulant sur le zocalo, un grand square dont les côtés sont délimités entre autres par le Palais National et une immense cathédrale, l'étrange impression qu'un passé sombre imprégnait les lieux m'a rapidement habité, comme si j'y étais lié d'une manière quelconque... Mais peu importe la raison, je n'ai pas été surpris d'apprendre par la suite que c'était également là que les Aztèques avaient érigé un imposant lieu de culte; une pyramide sur laquelle était juché un temple où on commettait des sacrifices humains. J'avais aussi été grandement impressionné par l'ancienne cité de Teotihuacan et ses pyramides qui servaient elles aussi à perpétrer le même genre de cérémonie sanglante. L'extrait + bas donne une idée de ce à quoi ça pouvait ressembler. Sachez par contre qu'on on a reproché au réalisateur de ces scènes de montrer d'un peu trop proche comment ce rituel se déroulait... C'est tiré d'Apocalypto, un foutu bon film en ce qui me concerne, mais dont on n'a pas dit juste des bonnes choses. Je ne peux m'empêcher de penser que beaucoup de ses détracteurs reprochent avant tout au film d'avoir un dénommé Mel Gibson comme producteur, scénariste et réalisateur, mais ça, c'est une autre histoire. Oui il y a des anachronismes; on y parle un dialecte maya - avec un mauvais accent parait-il - alors que selon le contexte et l'époque où se situent l'action, c'est chez les Aztèques que nous aurions dû nous trouver. Mais bon, je vois mal comment on peut bouder son plaisir et ne pas embarquer dans ce qui est au final un super film d'action avec une intrigue et un scénario en béton, mon préféré dans le genre si j'avais à en choisir un seul. Et quand même que la reconstitution historique ne serait pas parfaite, il est rafraichissant de voir une fiction qui se déroule dans une Amérique exclusivement précolombienne. Et la manière dont on découvre la grande cité, ses quartiers animés, les coiffures et les parures de ses habitants, l'atmosphère qui y règne, tout ça est très réussi je trouve. Tout comme le sont les scènes du début où on voit comment s'organise la vie en communauté dans un petit village où le héros, Patte de Jaguar, sera capturé lors d'un raid destructeur dont l'objectif était avant tout - on le comprendra plus tard - de ramener de la chaire fraîche aux dieux du Soleil et de la Terre...

J'ai fait il y a une quinzaine d'année un rêve très intense, en relation avec une scène du film où les villageois capturés doivent marcher pendant plusieurs jours à travers la jungle avant de faire leur entrée dans la grande ville. J'ai déjà rêvé que j'étais l'un d'eux, mais en jeune enfant, et que j'étais attaché par les poignets et les chevilles à une grosse branche, un peu travaillée, et avec laquelle 2 soldats me transportaient. Assoiffé et à bout de force, j'ai senti petit à petit mon âme quitter mon corps, assez pour que je commence à me voir d'en haut, libéré de mes souffrances et de ma détresse. «She saaaid, I know what it's like to be dead». Moi aussi depuis ce rêve. Bien sûr, je ne peux pas affirmer avec certitude que cette scène m'a réellement informé sur ce qu'est la mort, mais une chose est certaine, l'intensité ressentie lors de ma libération a rendu ce moment très vivant, très réel.  

Je suis récemment retourné 2 fois au Mexique. L'an passé, dans la région de Tulum, seul avec ma blonde dans une cabane en bois et en toile, et ça m'a vraiment ravi. Un sac à dos, la mer à 30 pieds, avec des vagues juste assez grosses pour que lorsqu'elles cassent, on puisse se faire emporter, à condition de bien se synchroniser avec la poussée . Un art en soi que je peux peaufiner à répétition. Et le petit bar, en bambou et en paille, toujours sur la plage, servant des tacos fancy succulents, avec de la bonne musique, et fréquenté par toutes sortes de belles gens. J'en conviens, il serait difficile de pas apprécier. Mais si j'en parle, c'est aussi parce qu'encore une fois, je n'ai pu m'empêcher de m'imaginer en citoyen de Tulum au 14e siècle, vivant dans ce fabuleux paysage alors que je visitais les ruines de l'ancienne cité sise près d'une falaise qui donnait sur un horizon majestueux. J'ai beaucoup aimé mon voyage au Portugal en 2010 mais je ne m'imaginais pas pour autant Templier quand j'ai visité le château de Tomar. Anyway. Même dans un tout-inclus à Akumal en famille comme ce printemps, le Mexique c'est super. Holà Raul! 

J'ai commencé ce billet en parlant des ethnies dont on dirait qu'elles chevauchent deux identités à la fois. Et c'est une des choses qui m'a le plus frappé lorsque je me suis rendu au Mexique pour la première fois. Je ne connais pas bien les autres pays d'Amérique centrale et du sud mais le peuple mexicain me donne l'impression d'être unique en son genre, d'être un jeune peuple, issu d'un brassage tumultueux - et dont les effets ont encore des répercussions aujourd'hui – mais dont la dualité est pleinement reconnue et incarnée. Y'aurait beaucoup à dire là-dessus... surtout quand on pense au rapport - à l'absence de rapports - que nous entretenons avec les Amérindiens. Il y a dans ma familles des traces de métissage évidentes du côté de mes grand-parents maternels. Et je ne crois pas être le seul Canadien français dans cette situation. Mais on dirait que c'est comme un tabou. Comme si personne ne cherchait à savoir quand, où et avec qui les rencontres se sont produites. Y a-t-il un historien dans la salle?

Mom, j'ai des questions...

#3 Le rêve de l'île 

Il est rare que ça m'arrive mais je souffre d'insomnie depuis quelques jours. Ça a eu pour conséquence de m'aider à résoudre un problème qui me taraudait depuis un bout, en rapport d'ailleurs avec le dualisme dont il est question dans les 2 premiers carnets. Et je me suis mis à me souvenir de mes rêves, surtout celui qui survient lorsque je réussis à m'endormir vers les 6h30 pour me réveiller environ une heure et demie plus tard. La plupart du temps, ce sont des histoires bric-à-brac, sans queue ni tête, qui sur le coup  semblent être portées par une logique interne, une espèce de quête, mais dont le récit devient vite confus et inintéressant, du moins pour l'interlocuteur qui a la patience ou la malchance de m'écouter... Cette dernière année, il m'arrive souvent de rêver que j'habite avec ma famille dans une énorme maison, jamais la même, dont je finis par découvrir de nouvelles pièces, avec des inconnus qui y vivent et des murs manquants, qui donnent sur l'extérieur, sur un parc ou une forêt... Un de mes rêves préférés fut celui que j'ai fait il y'a 3 ou 4 ans durant lequel Paul McCartney m'a donné une chanson! Je marchais avec ma blonde des les rues de Liverpool lorsque quelqu'un s'est mis à jouer de la guitare sur sa véranda. Et c'était nul autre que Paul qui, lorsqu'on s'est arrêté devant lui, s'est mis à chanter les mots suivants: "I never had the chance to play on that piano, I never had the chance to play on that piano but..." I don't remember le reste. Mais à mon réveil, je me suis empressé de la repiquer. C'est une progression d'accords somme toute assez standard mais dont la mélodie est plutôt catchy. On s'en étonnera pas étant donné le compositeur... Je travaille d'ailleurs dessus en ce moment avec mon oncle Pierre, je vous en donnerai des nouvelles. Je sais pas si je devrai la déclarer Fortier/McCartney à la Socan!? Je serais pas contre remarquez, je lui en dois quand même beaucoup... Un type de rêve que je ne fais plus et dont je ne me plains pas est celui où je n'arrive pas à bouger, ni émettre un son alors que je sens autour de moi la présence d'esprits malveillants. Très jeune, il m'arrivait de rêver que j'étais dans le sous-sol ou la cave, pendant que j'entendais ma mère discuter avec une amie au salon et que j'étais incapable d'aller la rejoindre ni de l'appeler. J'ouvrais la bouche, j'essayais de crier mais aucun son ne sortait. Je tentais alors de ramper, pouvant à peine avancer ma main de quelques centimètres pour essayer de me hisser en haut des marches afin d'échapper aux esprits maléfiques qui me terrorisaient et faisaient virevolter autour de moi toutes sortes d'objets. J'en ai refait un du genre il y a quelques années et j'ai revécu le même effroi que lorsque j'étais petit. Un vrai cauchemar. Mais il y a un songe extraordinaire que j'ai fait alors que je devais avoir 5 ou 6 ans et dont le souvenir et le sens continuent de me poursuivre à ce jour.

Je suis sur un lac au milieu d'une chaloupe. Je rame et les rames sont lourdes et grosses mais je me débrouille quand même bien malgré le vent constant qui peut parfois davantage s'emporter. Je suis à la recherche d'un ruisseau qui tire sa source de la petite baie située au fond du lac. Je m'approche tranquillement de ma destination en longeant la berge, ce qui m'amène en ligne droite dans la baie qui me protège enfin du vent. L'eau devient de moins en moins profonde et je dois manoeuvrer pour que la cale évite les troncs d'arbre qui dorment depuis longtemps à l'orée du ruisseau. Je continue d'avancer, debout dans la barque, en poussant à 2 mains sur une des rames, profondément dans la vase, jusqu'à ce que les souches et les branches des arbres morts et noyés cessent de me ralentir. Le baie est maintenant derrière moi et l'eau, qui commence à être plus profonde, devient aussi de plus en plus vive. Au point où le ruisseau s'élargit assez pour qu'on puisse parler maintenant d'une petite rivière. Cela me surprend car si dans mon rêve je savais qu'il y avait là un ruisseau, j'ignorais l'existence de la rivière.                                                                                                                                 

Il faut savoir que le lac en question est bien réel, j'y ai vécu de grands bonheurs rustiques. J'ai toujours aimé être dans la nature. Seul, avec mes amis ou avec ma famille. J'aimais beaucoup marcher dans la campagne et dans les bois avec Anna, ma grand-mère paternelle, qui aimait particulièrement aller prendre l'air à la tombée du jour, à l'heure où s'éveillent en grand nombre les habitants de la forêt. Nous finissions souvent par revenir à la pleine noirceur, ce qui, il me semble, inquiétait ma mère... Faudra un jour que je vous raconte l'accueil que cette même forêt a réservé à ma blonde, une Forest !, la première fois où nous y sommes allés ensemble. Ça foisonnait de partout. J'avais même pu lui faire le coup du bolet bleuissant. Ce type de champignon dévoile une chaire très blanche qui, lorsqu'on fait craquer son chapeau, ne reste pas blanche longtemps. En quelques secondes, le contact avec l'oxygène fait virer sa chaire en un bleu-pourpre éclatant. Je m'entends encore rire fièrement pendant que ma blonde s'exclame d'un wow bien senti à la vue de ce spectacle surprenant. Faudrait que je relise le carnet où elle avait consigné tous les animaux qui étaient venus nous saluer pendant notre séjour. Une bonne douzaine il me semble.  Je me souviens entre autres d'un amusant numéro de loutres, d'une rencontre avec un orignal, d'un concert de loups et d'une étoile filante géante qui avait tourné sur elle-même comme dans un dessin animé avant de disparaitre dans l'horizon. Il y avait aussi eu un étonnant nuage en forme de coeur qui, on le verra plus tard, a un lien avec le rêve que je vous décrivais et auquel je vais maintenant retourner.

 

... donc, une fois franchis les encombrements qui séparent la baie du ruisseau, je constate avec étonnement que le débit de l'eau se met à augmenter rapidement, tellement qu'il ne me sert plus à rien de ramer. Le ruisseau devenu rivière est maintenant bordé des deux côtés par des parois lisses, rondes et rocheuses sur lesquelles ont poussé de grands conifères qui défilent devant mes yeux de plus en plus rapidement. Je reste calme malgré le courant qui s'emporte, le torrent assourdissant, et ma barque qui ne cesse de prendre de la vitesse. Je ne sais pas pourquoi mais je me sens entre bonnes mains, c'en est même devenu amusant, on dirait un manège. Puis je commence à voir que la voute que forment les arbres au-dessus du cours d'eau s'éclaircit et laisse passer de + en + la lumière du jour, jusqu'à ce que l'ombre de la forêt disparaisse complètement, m'expulsant doucement dans un un grand lac digne et scintillant avec en son milieu une île, une île-falaise qui laisse pendre à son sommet un gras toupet d'herbes vertes et folles que le vent caresse violemment. Le ciel est radieux, le décor majestueux et le moment est à la fois solennel et joyeux. 

Je me remets alors à ramer avec en tête de me rendre sur la cime de l'ile. Une fois arrivé à ses abords, je réalise à quel point ses côtes sont hautes et escarpées et qu'il sera impossible de les escalader. Mais peu importe, par je ne sais trop quel tour de passe-passe, je me retrouve soudainement propulsé sur le sommet. Puis je m'allonge dans l'épaisse crinière gazonnée et laisse le soleil me baigner doucement la tête, comme sait le faire la lumière de septembre, en même temps qu'émerge le sentiment d'être en totale sécurité, que tout est parfait et qu'il n'y a pas lieu de craindre quoi que ce soit. Jamais. Le bleu du ciel, souverain et apaisant, m'invite dans une extase tandis que le vent et les rayons du jour m'entretiennent sur la félicité et la joie. Intense bonheur dont les mots n'arriveront jamais à décrire la totalité de l'expérience. Vous comprendrez pourquoi encore à ce jour ce rêve continue de m'impressionner. 

Il existe une presqu'île sur le premier lac, bel et bien réelle, dont il est question au début du rêve. Un shack y a été bâti par des déserteurs lors de la 1ère guerre mondiale. Mon grand-père en a fait l'acquisition après que le club de chasse et pêche dont il faisait partie, le Club des 12, ait été démantelé. On y a ajouté par après une rallonge mais il n'y a toujours pas l'électricité ni l'eau courante. Pour la petite histoire, sachez que Maurice Richard en personne y est allé pour pêcher avec mon grand-père..! Il va s'en dire que je n'ai jamais retrouvé le ruisseau ni le grand lac scintillant. Et ce n'est pas faute de ne pas les avoir cherché. L'empreinte que ce rêve a laissé sur moi a été si vive que l'enfant que j'étais était convaincu qu'ils existaient pour de vrai. C'est pourquoi il y a de cela une quinzaine d'année, je n'ai pu m'empêcher de sourire lorsque j'ai aperçu dans la dense couche de ouate qui couvrait tout l'horizon, un étrange nuage en forme de coeur, découpé par les seuls traits de bleu du ciel visibles de ma chaloupe ce matin-là. Il se juchait exactement au-dessus de là où le grand lac scintillant et son île escarpée auraient dû se trouver...

 

 

*J'ai comme un flash. J'ai l'impression qu'on voit ce genre de falaise dans l'introduction du dessin animé Vicky qui jouait sur l'heure du dîner quand je revenais de l'école et que ma mère nous préparait un bon Kraft Dinner..!